SANS  FESSER  COMMENT  FAIRE

Il semble bien admis depuis quelques temps que "le bébé est une personne". Une personne peut-elle être battue sans se sentir humiliée, abaissée ? Peut-on élever une personne en l'abaissant ? Bon, d'accord, disent les parents, alors on leur laisse tout faire ? Bien sûr que non, sinon la vie de parent devient vite infernale. La nécessité d'établir des règles apparaît tout aussi nécessaire que celle de mettre des limites à nos voisins et aux autres adultes en général. Encore faut-il pour cela avoir une estime de soi suffisamment bonne pour savoir faire respecter ses besoins et être soi-même bien inséré dans une société porteuse de règles. Si le parent reçoit un enfant dans une période difficile, où il doute (ou on le fait douter) de ses capacités, il aura du mal à cerner ses propres limites aux demandes de l'enfant. Il devra alors se faire soutenir pour reprendre confiance en ses aptitudes à aider son enfant à grandir.


Mais il est indispensable que les règles que le parent impose à son enfant

ne soient pas en rapport avec des intolérances très personnelles,

elles-mêmes reçues d'une éducation mal vécue et refoulée.

Ni que ces règles visent à vouloir fabriquer un enfant irréel,

tel que le parent l'a rêvé et non pas tel que l'enfant peut être.


Il serait essentiel que tout parent ait pu, avant de prendre en charge l'éducation d'un enfant, travailler personnellement sur sa propre histoire et sur ce qu'il risque de vouloir en répéter inconsciemment. Il est tout aussi essentiel que le parent se sente inséré dans la société dont il doit reproduire les règles, car s'il se sent écartelé entre sa société génitrice et la société dans laquelle il élève son enfant, il ne pourra envoyer à cet enfant les messages clairs et univoques indispensables à son bon développement. Les parents doivent pouvoir, seuls ou avec une aide appropriée, établir un projet de vie familiale qui réussisse à conjuguer au mieux loyauté générationnelle et réalisme.


Il faut en effet distinguer le fait d'être parent géniteur du fait de se conduire en éducateur. Une formation au métier d'éducateur est indispensable pour acquérir des connaissances sur l’enfant, ses besoins, ses processus de développement et de socialisation. Mais aussi des savoir-faire psychologiques et hygiéniques, et des savoir-être : écoute, disponibilité. Tout parent, comme tout éducateur, devrait pouvoir bénéficier de cette formation.


Comment font les enseignants de maternelle qui passent 6 heures par jour avec 25 petits enfants, dans un espace relativement restreint, avec des contraintes à respecter et des règles à appliquer ? Ils s'en sortent bien pour la plupart d'entre eux. Or les punitions corporelles sont interdites à l'école, et s'il arrive encore qu'une tape parte ici ou là, ce n'est que chez moins de 15 % des enseignants... alors que 85 % des parents utilisent claques et fessées pour régler les problèmes qu'ils ont avec leurs 2 ou 3 enfants.... Mais les enseignants sont formés à la pédagogie.


METTRE  DES  LIMITES,  ÉTABLIR  DES  RÈGLES


La vie en société, familiale ou plus élargie, nous oblige à tenir compte de l'autre. Nous devons, à chaque instant, adapter nos désirs aux désirs des autres afin que les relations entre des personnes différentes puissent être harmonieuses. De même que le parent s'impose des limites par rapport aux personnes qui l'entourent, il va mettre des limites aux désirs de son enfant pour qu'il puisse s'insérer dans son cercle familial, puis dans sa société, sans en perturber trop fortement l'harmonie. Des règles, des lois, vont devoir être respectées, déterminant des limites aux désirs de chacun pour un meilleur "vivre ensemble".


Mais dans la toute petite enfance, le bébé a besoin d’être protégé des émotions très fortes qu’il vit, parce qu'avant trois mois, ce bébé n'est pas capable de se réconforter ou de se calmer tout seul. Une enveloppe de bras tendres, de mots calmes et doux, de caresses est nécessaire pour le sécuriser et l'aider à contenir les émotions très fortes qu'il vit parfois et qui peuvent le terroriser. L’enfant qui aura trouvé la sécurité dans cette enveloppe chaleureuse, limitante et structurante, pourra ensuite intégrer la notion de limites et accepter plus facilement celles qui lui seront peu à peu imposées.


Il y a plusieurs sortes de règles

que l'on peut demander à l'enfant de suivre


- Celles qui permettent à la famille de trouver un équilibre de vie satisfaisant. Ces règles internes varient beaucoup suivant qu'une famille est monoparentale ou composée de huit personnes, que les deux parents travaillent ou que l'un soit à la maison, que l'on vive en appartement ou en maison individuelle, que les revenus de la famille soient très serrés ou plus larges... (par exemple, il faut se coucher vite sans faire de bruit parce que le Papa, qui part travailler très tôt le matin, a besoin de dormir de bonne heure).

- Celles que la morale générale en cours dans la société où nous vivons nous pousse à observer (on ne cueille pas les fleurs du parc et on ne vole pas les affaires des copains)

- Celles qui nous ont été transmises par notre culture familiale et auxquelles nous restons souvent très attachés, consciemment ou non (les filles ne sortent pas le soir avant tel âge).

- Celles qui correspondent à notre désir du moment parce qu'elles nous apportent une satisfaction personnelle (pour aller voir Grand-Mère il faut mettre sa plus jolie robe).


Les deux premiers types de règles ont le mérite d'être adaptées à la réalité actuelle de la famille et de la société.  On ne voit pas comment ne pas en tenir compte : elles formeront les règles de base.

Quant  au  troisième  type  de  règles, si  l'un des parents (ou les deux) appartient à une culture familiale

différente de celle de la société dans laquelle l'enfant va se développer, il est indispensable que ce parent

fasse un réel travail de réflexion pour ne pas imposer à son enfant des règles qui le mettraient en porte à faux dans la société où il vit. C'est probablement une des plus grosses difficultés des émigrés que de ne pouvoir transmettre sans risques à leurs enfants le modèle dont ils ont une nostalgie tout à fait normale et respectable parce qu'il est celui de leur enfance. Mais l'application de ce modèle, s'il est différent des conceptions en usage dans la société où ces enfants grandissent, va littéralement les écarteler, les rendre incapables de construire des repères et des limites solides et compromettra fortement leur insertion dans la société choisie par les parents pour y élever leurs enfants.


Malheureusement, l'expérience montre que les règles que les parents cherchent à établir sont le plus souvent celles qu'on leur a inculquées dans leur enfance, et qui varient d'une région à l'autre, d'une famille à l'autre. Toute une apologie de la tradition y pousse. Et les désirs refoulés des parents vont refaire surface et vouloir s'imposer sous prétexte de bonne éducation. Les incohérences vont alors apparaître entre des règles antagonistes qui vont littéralement déchirer l'enfant.

Alors que deux questions essentielles se posent auxquelles les parents n'ont pas de réponse :

- Quelles sont les aptitudes, les possibilités et les désirs de l'enfant ? Ceux-ci ne se découvriront que peu à peu, parfois tardivement.

- Dans quelle société cet enfant aura-t-il à vivre ? Là aussi beaucoup d'incertitudes selon l'avenir du pays dans lequel il évolue, mais aussi en fonction du désir qu'il pourrait avoir de vivre ailleurs.


Alors que les parents et les personnes qui les entourent ont absolument besoin de règles qui leur permettent, ici et maintenant, de vivre dans un minimum de confort, de sérénité, et d'efficacité en présence d'enfants, ces règles doivent former la base des règles internes à la famille, dans la mesure où elles ne sont pas incompatibles avec un développement satisfaisant de l'enfant. Par ailleurs, la meilleure façon d'apprendre à l'enfant à respecter les besoins des adultes, c'est d'avoir essayé de respecter au mieux depuis sa naissance les besoins de l'enfant, tout en préservant les besoins fondamentaux des parents. Si les parents ont des habitudes de vie suffisamment régulières, l'enfant les intégrera très rapidement et s'en fera automatiquement des règles.


La vie des parents et celle des enfants ne doivent pas

se mutiler l'une l'autre mais s'enrichir l'une l'autre.


Comment  faire  respecter  les  règles


L’exemple

L’enfant apprend énormément par imitation. Il va reproduire vos comportements comme un petit singe, ravi de voir, lorsque vous répétez ce comportement, que c’est bien ce qu’il a copié.

Cette imitation joue un rôle important dans la communication de l’enfant. Si l’on donne un jouet à deux enfants de 18 mois à 3 ans, ils vont se chamailler pour l’avoir chacun, même si de nombreux autres jouets sont autour d’eux. Par contre, si on donne à chacun d’eux le même objet, ils vont en jouer chacun en s’imitant réciproquement pendant de longs moments extrêmement ludiques et joyeux.



Vous aimeriez bien que sa chambre soit rangée,

mais avant 6/7 ans, l’enfant n’a pas la notion

de classification, de “catégories”.

Il faut donc ranger avec lui en lui montrant

comment on regroupe les livres sur l’étagère,

les autos dans le bac à jouets etc...

Peu à peu il vous copiera, mais lentement !

 

Vous voulez que votre enfant soit poli, soyez polis entre adultes et avec lui, en y mettant une certaine ostentation.

La règle n'est pas instituée pour que l'enfant soit comme ceci ou comme cela, mais parce que vous et les autres autour de vous ont vraiment besoin que cela soit ainsi pour que votre famille (à condition qu'elle ne soit pas vraiment perverse), votre environnement et votre société y trouvent un équilibre de fonctionnement satisfaisant. C'est donc en étant vous-même, avec cohérence et régularité, que votre enfant va prendre vos habitudes, vos règles. L’enfant joue très tôt à vous imiter, il y prend grand plaisir : montrez-lui le bon exemple et encouragez-le à vous suivre.

Mais vos règles viendront parfois le frustrer, l’empêcher d’accomplir son désir. Cela peut être mauvais si la frustration est trop forte ou trop prolongée pour son âge. Mais la frustration est indispensable pour que le désir ait le temps d'exister, de se faire sentir. Cela permet à l'enfant de découvrir que l'intelligence, les mots, le rêve, la créativité peuvent venir le satisfaire tout aussi bien que l'obtention immédiate d'un objet ou d'une satisfaction souhaités. Mais plus l'enfant est petit et plus il faut l'aider à trouver des palliatifs aux frustrations imposées : paroles et gestes tendres, petites histoires dont ils sont toujours friands et qui détournent l’attention...


Cécile est scotchée à la vitrine du magasin de jouets. 
Elle flashe devant une nouvelle poupée Barbie 
et commence à manifester un fort désir de la posséder. 
Or il n'en est pas question
 car sa Maman est pressée 
et ce n'est pas le moment d'un cadeau. 
Elle lui dit alors : "je comprends que tu la trouves jolie 
avec cette robe bleue, 
quelle autre robe tu aimerais lui mettre et avec quel chapeau ?" 
Un rêve est alors amorcé en réponse au désir. 
On va pouvoir se décoller de la vitrine 
en continuant à rêver ensemble...


La méthode Gordon

Thomas Gordon, créateur d'une école de parents très largement reconnue, développe depuis plus de trente ans de façon très didactique sa méthode d'éducation. Elle peut fournir à tout éducateur de bons éléments de réflexion (Réf. 43 et www.ateliergordon.com)

Gordon démontrait avant beaucoup d'autres que le comportement de l'enfant est très largement déterminé par le type de  relation qu'il établit avec ses parents. Sa méthode, qui se situe entre rapport de force et permissivité, est   

basée sur la qualité de la communication

Quant un problème surgit entre un adulte et un enfant, il faut commencer par déterminer à qui appartient le problème (la couleur de ses basket est son problème, le prix de ses basket est votre problème) en pratiquant :


- une "écoute active": si le problème est manifestement celui de l'enfant, l'écoute est concentrée sur l'enfant et débarrassée des projections personnelles du parent. Cela va permettre de l'aider à trouver sa meilleure solution au problème. Si vous l'avez écouté, vous devez pouvoir, avant toute réponse, lui résumer ce qu'il vient de dire, puis lui demander "c'est bien ça ?"


- le "message je" : si le problème est manifestement celui du parent, utilisation du "je" et non du  "tu" . On ne dit pas "tu es trop égoïste" mais " je suis très incommodé par ton attitude". L'enfant n'est alors pas mis en cause et déprécié globalement dans sa personne, mais seulement dans son comportement actuel dont vous lui expliquez pourquoi il vous déplaît. Vous pouvez alors suggérer, "si tu prenais les basket bleus dont le prix est abordable, je pourrais t'offrir une paire de lacet comme ceux des baskets rouges”. Une négociation est amorcée, la discussion va continuer jusqu'à ce qu'un accord soit possible, peut-être autour d'une troisième paire de basket... débouchant ainsi sur


- la méthode sans perdant dans laquelle les deux protagonistes doivent faire un effort pour trouver une solution qui ne frustre ni l'un ni l'autre de façon intolérable. Car si il y a un perdant, que ce soit vous ou lui, il va se sentir frustré, en colère, et un nouveau conflit éclatera sous peu !

Cette très intéressante technique relationnelle à l'avantage d'être aussi active dans la relation d'un enfant avec un parent ou un éducateur, que dans la relation de n'importe qui avec n'importe qui ! Essayez la donc !


COMMENT  SANCTIONNER  LES  TRANSGRESSIONS


Qu'est-ce qui peut inciter un enfant à respecter les règles, les lois de la famille et de la société dans lesquelles il vit ? Sans doute le modèle de comportement qu'il reçoit de l'entourage dans lequel il est inséré. Mais en cas de transgression, quelles possibilités s'offrent aux responsables qui ont la charge de cet enfant ?


La punition corporelle 

dont nous venons de voir qu'après avoir été supprimée au niveau de l’armée, des prisons, des entreprises et de l'école, on conseille de plus en plus énergiquement de l’abolir au niveau de la famille. Nocive, elle ne prévient même pas les actes délictueux puisque ceux-ci sont plus nombreux chez les individus qui ont été élevés avec ce type de punition.


La punition non corporelle

Elle fait entrer dans un système punition - récompense, dit “de la carotte et du bâton”, qui a beaucoup d’adeptes.

Mais la punition (vas dans ta chambre, tu seras privé de télé, tu n’iras pas chez ton copain demain, je te diminuerai ton argent de poche ce mois-ci...) établit un rapport de force entre le parent et l’enfant, qui, humilié, n’a aucune possibilité d’agir pour sa réhabilitation.

En outre, il n’y a aucun rapport entre le délit commis (tu as cassé le vase) et la punition (tu seras privé de télé).


Et puis punir quoi ? Nous avons vu que selon le parent et selon le moment, on peut admettre ou refuser certains comportements. On est assez souvent dans l’arbitraire lorsqu’on punit. Il serait beaucoup plus intéressant de se poser la question du préjudice occasionné par l’enfant lorsqu’une de ses actions nous insupporte : chaque fois que nous pouvons déterminer un préjudice et une victime, il y a erreur de comportement de la part de l’enfant qui doit prendre conscience de l’impact de ses actes. Pourquoi la transgression des règles familiales et sociales ne peut-elle être acceptée ? Parce qu’elle porte préjudice à un membre de la famille ou de la société.

Par exemple, lorsqu’Ugo dit un mot grossier à sa grand-mère, celle-ci subit un préjudice moral, c’est à elle de dire comment Ugo doit réparer sa faute : s’excuser, ou, si elle trouve cela insuffisant, négocier avec elle la réparation qu’elle exige (lui offrir une rose sur son argent de poche, ou le gâteau qu’elle adore...). S’il refuse, l’argent sera pris sur sa prochaine paie !

Une erreur de comportement doit être sanctionnée d’une obligation de réparation chaque fois que cette erreur engendre un préjudice pour une quelconque personne physique ou morale.

Punir, c’est ne pas avoir confiance dans la capacité de l’enfant à réparer ses erreurs. C’est pourquoi nous préférons ....


La Réparation

qui tient compte du dommage subi par la victime. C’est elle qui négocie avec le transgresseur la mesure de réparation raisonnable. Ce qui permet au responsable d'un acte répréhensible de se réinsérer dans le cercle des règles en s’étant fait pardonner par la victime. Le système de la réparation remplace la vieille culture de la faute par la culture du préjudice. Une étude très intéressante faite récemment par le magistrat Antoine Garapon, arrive à la même conclusion pour les peines applicables aux justiciables : la réparation, basée sur une justice de proximité, avec médiation pénale qui détermine entre victime et fautif le type de réparation souhaité. Celle-ci doit à la fois restaurer l'intégrité de la victime et restructurer le coupable  (réf. 44).


Appliqué en famille, ce système fait disparaître le punisseur rituel, considéré souvent comme ou trop dur ou trop mou, alors que les victimes diverses (le père, la grand-mère, le copain, la voisine...), dont les exigences seront variées, demanderont directement réparation à l'enfant du préjudice qui leur a été porté. Un parent servant alors de médiateur. Le système des "punitions" perd d'ailleurs vite de son impact et ne fonctionne plus du tout à l'adolescence. Alors qu'un système qui a développé l'autonomie et la responsabilisation de l'enfant lui a appris à se gérer lui-même à un moment où les parents commencent à avoir du mal à intervenir.

Ce système évite aussi la "triple peine" infligée à l'enfant qui revient avec une mauvaise note, puisqu'il a déjà été humilié devant son maître, puis devant ses copains et qu'il ne porte préjudice qu’à lui-même.


ETRE  AUTORITAIRE  OU  FAIRE  AUTORITÉ

 

Jusqu'en 1803, l'État français reconnaissait au père de famille la “puissance paternelle" qui lui permettait de gérer la vie de son enfant à sa guise, de le marier, de disposer de ses biens, et même de le  faire emprisonner sur simple “lettre de cachet” jusqu’après après sa majorité. Napoléon lui substitua alors dans le Code Civil une plus restrictive "autorité paternelle". "Le père seul exerce cette autorité durant le mariage... Le père qui aura des sujets de mécontentement fréquents ou graves sur la conduite d'un enfant aura les moyens de correction suivants (description du système de la maison de correction dans laquelle l'enfant de moins de 16 ans est incarcéré avec d'autres mineurs). Il n'y aura aucune écriture ni formalité judiciaire si ce n'est l'ordre même d'arrestation dans lequel les motifs ne seront pas énoncés. Le père sera tenu de souscrire une soumission à tous les frais et de fournir les aliments convenables".

En 1935, les maisons de correction ont été supprimées. Puis, en 1970, le terme d' "autorité paternelle" a été remplacé dans le Code Civil, en son article 371, par "autorité parentale" sous ces termes :"L'enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses père et mère. Il reste sous leur autorité jusqu'à sa majorité ou son émancipation. L'autorité appartient aux père et mère pour protéger l'enfant dans sa sécurité, sa santé et sa moralité. Ils ont à son égard droit et devoir de garde, de surveillance et d'éducation".


On voit l'évolution de la conception de l'autorité qui est maintenant nettement recentrée sur l’obligation faite aux parents d’éduquer et protéger leurs enfants. Il n'est donc plus guère possible d'employer le terme d'autorité dans le sens d'une puissance à exercer. Pour assurer "protection, sécurité, moralité et éducation de l'enfant" il faut maintenant essentiellement des "compétences éducatives" que les parents devraient tous pouvoir acquérir, et des valeurs morales, "intelligence du cœur" dont parle si bien Isabelle Filliozat (réf. 45) et dont la base est le "respect". Ces concepts paraissent maintenant bien plus appropriés à l'exercice de la fonction parentale que le terme d'autorité.


Dans un monde en évolution rapide, doit-on conditionner son enfant à obéir ou l'aider à trouver dans chaque circonstance par lui-même la meilleure adaptation possible au problème qui lui est posé ? Un parent qui montre des compétences, c'est-à-dire qui sait écouter et chercher avec son enfant des solutions à ses problèmes, n'a en général pas besoin de dire "j'exige que tu fasses cela" mais dira plutôt "je trouverais très important que tu puisses faire cela pour telle raison". Dans le premier cas, l'enfant obéit parce qu'il est le plus faible, a peur d'une punition et en ressort humilié d'être contraint de faire ce qu'il ne désirait pas faire. Dans le second cas, il choisit lui-même d'obéir et en ressort grandi, même si un peu frustré d'être obligé de modifier ses projets : il entre ainsi dans ce qu’on pourrait appeler un “cycle de développement durable”


Mais parfois, le conflit durcit, l'enfant ne tolère pas la frustration imposée, il entre alors dans une grande colère... Même si elle est difficile à supporter, la colère est normale devant une frustration. Il est bon qu'elle puisse être vécue sans culpabilité et que le parent l'accompagne "je comprends ta colère, je partage ta souffrance de ne pas pouvoir faire ce que tu voulais, mais il ne peut absolument pas en être autrement pour telle raison". C'est là que, si la compétence habituelle du parent est reconnue, il fera autorité sans avoir été autoritaire.


Un gardien de prison d'un quartier de haute sécurité, interviewé sur FR3 le 5 octobre 99, disait qu'avec les détenus les plus difficiles "il ne faut pas jouer avec l'autorité, mais avec le respect". Quelle  leçon !


Corneille  “L’exemple touche plus que ne le fait la menace”.
Joubert  “Les enfants ont plus besoin de modèles que d’autorité”.
Voltaire  “Ne cherchez jamais à employer l’autorité là où il ne s’agit que de raison”.


Oserait-on rappeler les propos d'Hitler dans Mein Kampf, écrit en 1924 : "Dans la lutte des idées, dans le monde et dans la vie, la force brutale, utilisée fermement et sans égards, est capable d'apporter la décision au parti qui l'utilise... Il est évident que le plus fort a le droit devant Dieu et le monde d'exécuter sa volonté...". Hitler fut un enfant longtemps et fortement battu par un père très autoritaire.


Les parents qui n'usent pas de leur pouvoir mais de leurs connaissances, de leurs aptitudes à convaincre ou motiver, de leur sensibilité aux difficultés de leur enfant, font vite autorité auprès d'eux. Ils évitent le mensonge, la rébellion, la fuite. Il s'agit en effet pour les parents de "faire autorité" par leurs compétences à faire évoluer les frictions et les difficultés, et non pas d' "être autoritaires". On  peut d'ailleurs se demander si l'autoritarisme ne cherche pas, justement, à combler le manque de compétences.

Françoise Dolto avait déjà demandé que l'on remplace le terme d'autorité parentale par "responsabilité parentale"(réf. 46 ), responsabilité qui ne peut s'exercer sans compétences .


En aucun cas la fessée n'affirme l'autorité. C'est au contraire lorsque le parent est déstabilisé par sa perte d'autorité qu'il en vient aux coups. Il vaut beaucoup mieux à ce moment reconnaître sa difficulté "je ne sais plus quoi faire, nous ne pouvons pas en rester là, nous allons en reparler un peu plus tard parce qu'il faut que nous trouvions une solution".

Et savoir dire NON, c'est utiliser rarement cette injonction qui doit alors être très ferme et réservée à des moments graves, importants. Sinon, dire plutôt "ceci ne me convient pas, mais par contre, je pourrais accepter cela".


Le désir d'exercer l'autorité, comme le désir de donner des punitions corporelles, vient très souvent du modèle autoritaire que l'on a reçu dans son enfance. On le reproduit en suivant une pente qui est des plus naturelles si l'on n'ose pas porter un regard critique sur l'éducation qu'on a reçue. Or cela devrait pouvoir se faire sans pour autant culpabiliser des parents qui "ont cru bien faire" à une époque où les connaissances étaient beaucoup plus restreintes. Remettre en question l'éducation qu'on a reçue, ce n'est en aucune façon désavouer ses parents, mais introduire dans nos actions les connaissances nouvelles qui n'étaient pas disponibles auparavant.

 

L'enfant roi

ou soi-disant tel est en général le produit d'un laxisme qui fait des enfants très vite malheureux parce qu'on ne leur accorde pas leur place d'enfant et qu'on les rend inaptes à s'adapter à la société dans laquelle ils doivent vivre. Mais entre "le laisser tout faire" et la fessée, il y a justement l'éducation. Ne pas  fesser un enfant n'est absolument pas en faire un enfant roi si le parent sait faire autorité auprès de son enfant avec des méthodes d'éducation positive. On peut aussi lire «Le mythe de l’enfant roi» de Ott et Murcier (http://editions-duval.fr/48/le-mythe-de-lenfant-roi-essais-sur-la-misopedie-2/).


Le laxisme

Il y a dans le "laisser tout faire" un abandon, une démission qui traduit toujours une difficulté parentale importante, une impossibilité à trouver sa place, sa distance par rapport à l'enfant. Ceci est souvent le reflet de l'impossibilité d'avoir pu trouver sa place dans sa famille ou la société.

Ce laisser tout faire sera très préjudiciable à l'enfant qui développera un sentiment de toute puissance. Cela le rendra insupportable et très malheureux en société, incapable de supporter la moindre frustration et soumis alors à des colères insurmontables.


Il est indispensable, pour éviter ce dysfonctionnement relationnel, qu'une prévention en soit établie lors d'une préparation à la parentalité, afin que les problèmes des parents aient pu être évoqués et si possible en voie d'amélioration avant l'arrivée de l'enfant. Ce laxisme est souvent le fait d'un parent démissionnaire parce que tiraillé entre plusieurs systèmes culturels dont il n'arrive pas à coordonner les règles. Ne sachant plus pour lui-même à quelles règles se référer, il est incapable d'en établir pour son enfant. Marie Rose Moro dans "Naître et grandir en France" nous dit "ce qui est souvent mis au compte d'un manque de limites et de règles d'autorité relève plutôt d'un problème d'identité" (réf. 47).


Mais on entend souvent utiliser ce terme de laxisme pour des parents que l'on trouve "trop gentils" parce qu'ils osent abandonner la fessée. On n'est pas trop gentil parce qu'on prend le temps de s'occuper intelligemment et avec affection de ses enfants. Est-ce que ce n'est pas le pourvoyeur de la fessée qui est laxiste, qui cale devant les efforts éducatifs à fournir, le temps et la patience qu'ils nécessitent ?


Le parent qui "laisse tout faire" n'est d'ailleurs pas forcément un parent qui ne prend pas de bonnes colères au cours desquelles il peut tout d'un coup fesser brutalement. Les travaux publiés sur le sujet montrent que, la plupart du temps, les délinquants ou les violents ne sont pas issus de familles “trop gentilles” mais au contraire elles-mêmes violentes et souvent en délicatesse avec les règles. Laxisme et fessée ne s'opposent pas. L’éducation prend place entre laxisme et autoritarisme.


Et n’est-il pas très amusant de remarquer la grande contradiction qui existe entre les sondages qui donnent 85 % de parents adeptes de la fessée, et le fait très répandu de soutenir que si les enfants actuels sont violents, difficiles, ingérables, c’est qu’ils ont manqué de fessées ? Le contraire ne serait-il pas plus plausible ?


Ce qui exaspère le plus les parents des petits enfants


Les pleurs répétés

Les pleurs du petit bébé ne sont jamais des "caprices". Il pleure parce qu'il n'est pas bien.

- Soit qu'il souffre de quelque chose (il a faim, il est mouillé et ça le gène, il a froid, il a trop chaud ou de la fièvre, il a soif surtout s'il fait très chaud., il souffre d'un petite colique ou d'un rot mal évacué, il est fatigué...)

- Soit qu'il se sente angoissé (parce que le déroulement de sa journée est perturbé, parce qu'il entend des bruits inhabituels ou que vous-même n'avez pas eu ce jour votre comportement usuel...).

- Soit tout simplement qu'on entame la fin de l'après-midi que certains bébés n'aiment pas.


Après avoir vérifié que rien d'inquiétant n'est probable, les pleurs peuvent être tolérés et ils s'éteindront d'eux-mêmes. Mais le plus souvent ils pourront être calmés par des paroles douces et compréhensives, par un bercement, par des caresses (petits massages des mains, des pieds), par un changement de position, une petite chanson douce....

Si les moyens simples ne suffisent pas, il ne faut en aucun cas laisser l'exaspération parentale éclater jusqu'à secouer ou fesser bébé. Il est impératif, si on se sent débordé, de consulter rapidement son pédiatre ou son généraliste. Le Professeur Rufo nous le confirme :


"Répondez toujours aux cris de votre bébé,

                                                                    c'est indispensable»


Tous les médecins sont d'accord pour abandonner la rigueur ancestrale qui voulait qu'on laisse pleurer les bébés la nuit dans les tout premiers mois. Il est maintenant considéré comme nécessaire de permettre à l'enfant d'adapter lui-même ses demandes aux besoins de son organisme et donc de satisfaire sa demande nocturne de biberon : celle-ci disparaîtra d'ailleurs vers le 3° mois lorsque les rations augmentées lui permettront de tenir toute sa nuit.


Un livre vient d’ailleurs d’être publié en 2016, présenté par Isabelle Filliozat, développant la méthode Priscilla Dunstan et titré «Il pleure, que dit-il ?». La classification des pleurs du bébé permet de reconnaitre la cause de chacun des pleurs et la façon d’y répondre.


Le refus de manger

À chacun son appétit. Si bébé mange peu mais régulièrement, il sait ce qu'il lui faut. S'il refuse de manger un aliment particulier, représentez-le un autre jour, mais s'il n'en veut vraiment pas, il a droit d'avoir ses préférences. N'en faites pas un conflit qui vous épuisera inutilement.

Par contre, s'il mange habituellement de bon appétit et qu'il refuse un jour de manger, vérifiez qu'il ne soit pas malade et attendez le repas suivant. La faim le fera changer d'attitude. Sinon il sera temps de consulter un médecin.

Mais si le "chipotage" est habituel, essayer de centrer son attention par des propos qui l'intéressent et détournent son envie de s'opposer.


La colère

Que beaucoup de parents appelle caprice, survient quand l’enfant vit une frustration forte. Elle peut être spectaculaire et aller jusqu'au spasme du sanglot, sans gravité. Il faut surtout garder son calme, et attendre la fin de la crise (qui dure rarement plus de 10 ou 15 minutes), en l'accompagnant par des mots doux et rassurants "je comprends bien que tu es fâché et que c'est difficile pour toi".  Après les quelques premières minutes, un gros câlin et des paroles compréhensives aident souvent à la résolution de la crise. Il faut essayer ensuite d'améliorer la communication avec l'enfant car le sentiment de n'être pas compris favorise beaucoup les colères. On peut d’ailleurs assez souvent les prévenir : quand une frustration est nécessaire, il est bon de l'accompagner de paroles compréhensives et affectueuses.


Le refus de dormir

Au fur et à mesure que bébé grandit, il a des préoccupations de plus en plus diversifiées qui vont le distraire et gêner son endormissement. Il faut donc, pour le calmer, créer un petit rituel qui sera reproduit à l'identique chaque soir : boire un peu d'eau, écouter de la musique ou une chanson ou une petite histoire, faire un gros câlin, être caressé sur les mains ou les joues...

Mais là encore, quelque soit l'envie, le besoin que le parent ressente d'être enfin au calme après une dure journée, la fessée n'est jamais une bonne solution pour induire le sommeil. Car elle n'a pas d'effet à long terme et instaure une grande angoisse chez l'enfant qui gardera l'idée que le coucher est assimilé à un pugilat.


Le "touche à tout"

Comme nous l'avons déjà noté plus haut, bébé ne peut apprendre qu'en faisant lui-même ses expériences. Mais pour éviter les risques que même les “petites tapes” n’empêchent pas, il est nécessaire de :

- supprimer tous les objets dangereux ou fragiles, et mettre à la place des objets colorés inoffensifs, pas trop petits pour qu’ils ne puissent être avalés (gant de toilette de couleur vive, bouteille de plastic vide, pantoufle...),

- protéger les prises de courant par des caches que l'on trouve facilement dans le commerce,

- mettre en situation élevée, inaccessible pour l'enfant, les produits dangereux ou les objets fragiles.

Et pour que les expérimentations du petit explorateur se fassent sans danger, il est nécessaire que quelqu'un surveille les essais. Chaque fois que ce n'est pas possible, l'enfant devra être placé en lieu sûr : son berceau, un parc, un babyrelax... mais lorsque que vous le pourrez, occupez-le en jouant avec lui. Il adorera vous imiter et prendra ainsi vos habitudes. Si par contre vous ne pouvez venir à bout de son activité débordante et qu'elle vous épuise, n'hésitez pas à consulter.


La crise des huit mois

L'enfant de 7/8 mois passe par une période d'anxiété face à l'inconnu. Il ne supporte plus la séparation d'avec ses proches et crie ou pleure lorsqu'un inconnu veut le prendre. Il faut savoir, pendant ces quelques semaines, éviter les départs brusques ou fréquents, prévenir l'enfant des absences et lui laisser les objets "doudous" qui le rassurent.


La période d'opposition

Si bébé trouve manifestement que vous êtes formidable, il commence à avoir le désir de montrer qu'il existe lui aussi.

La période dite d'opposition est commune à tous les enfants

autour de la deuxième année et forme une étape du développement

extrêmement importante.


Il faut un minimum de diplomatie et beaucoup de patience pour la franchir de bonne façon pour tout le monde. Car il est indispensable que l'enfant ne se sente plus comme indissociable de la personne de référence, le plus souvent la mère. Il a besoin de conquérir de l'autonomie, de se différencier d'elle, donc de n'avoir pas toujours le même désir et même de s'opposer à ce désir. Donc de savoir dire "non" ! Que cette opposition qui se répète soit souvent agaçante, c'est certain, mais cela le sera d'autant moins que l'on aura compris l'importance qu'elle a pour la construction de l'enfant, pour son accès à l'autonomie.


Quant on sait par ailleurs que l'enfant de cet âge vit dans l'instant, il est facile quand il s'oppose de simplement confirmer verbalement notre désir de parent (je comprends bien que tu n'as pas envie mais il le faut) et de parler vite d'autre chose (où est donc passée ta voiture rouge...) sans déclencher un conflit de prestige ou d'autorité là où il n'y a que problème de maturation psychique en cours.


La jalousie

La venue d’un petit frère ou d’une petite soeur qui accapare la maman est difficile à comprendre et à accepter par un petit enfant. Il faut préparer cette arrivée en présentant le nouveau venu comme un futur compagnon de jeu et non comme un rival. Il faut aussi consacrer du temps à l’enfant ainé, lui confirmer que le coeur des parents est très grand et qu’il a de la place pour chaque enfant; et faire attention à ne pas trop “bichonner” le petit nouveau devant l’ancien, qui peut alors “régresser” en demandant un biberon, en refusant de se coucher, en refaisant pipi au lit... Il ne faut pas le culpabiliser  mais au contraire l’aider à reprendre confiance en votre amour en lui faisant bien comprendre que vous appréciez beaucoup d’avoir un grand enfant qui lui, peut vous aider. Et favoriser les activités de “grand” qu’il sera seul à réussir pendant longtemps.

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