COMMENT  AGISSENT  LES  FESSÉES

Elles détériorent la relation de l'enfant avec son parent 

surtout si les tapes sont précoces, car l'enfant ne peut pas comprendre ce genre de relation avant 2 ans 1/2 ou 3 ans. La confiance si nécessaire dans le bon rapport éducatif disparaît, rendant plus difficile pour le parent tout exercice futur de l'autorité, qui risque de ne pouvoir s'établir que dans l'escalade de la violence. Les fessées prennent la place des autres modes de relation qui fonctionnent sur le plaisir de faire plaisir, la joie de comprendre, de grandir, d'échanger et d'acquérir l'estime de l'autre. L'amour et l'attention d'un parent sont les meilleures motivations au monde et les enfants feront beaucoup d'efforts pour les obtenir. Ils incitent l'enfant à se sentir fier de lui et à mieux réagir aux défis de la vie.


Elles cassent l'image que l'enfant à de lui-même

L'enfant pense que si on le frappe c'est qu'il est mauvais, qu'il ne vaut rien, ce qui rendra difficile sa relation future aux autres, favorisant ainsi des tendances à la dépression, par perte de l'estime de soi, ou bien une surcompensation avec des attitudes mégalomaniaques. À l'âge adulte, le rapport avec les personnes ayant autorité sera très difficile, soit de soumission excessive, soit de révolte, de provocation, de rébellion permanente et de refus systématique de toute autorité.


Elles donnent l'exemple de la violence

violence qui vient prendre la place de la parole.

L'enfant reproduira ce modèle chaque fois qu'il se trouvera en situation de conflit avec des plus faibles que lui, comme lui par rapport à ses parents.

Le garçon frappera ses jeunes copains, les filles et plus tard sa femme. La fille tapera d'abord ses poupées ou son chien et plus tard ses enfants.

Le parent qui bat est d'ailleurs celui qui ne sait pas imposer de limite à sa propre colère, à sa violence. C'est ce modèle qu'il a probablement reçu et qu'il transmet à son tour.

Certaines familles utilisent avec bonheur le "coussin de colère" ou le putching ball sur lequel on va taper lorsqu'on sent une grosse colère monter, que l'on soit enfant ou parent. Une fois la violence physique déversée, un dialogue peut plus facilement s'instaurer.

Elles interdisent l'expression des sentiments

que l'enfant ressentait lorsqu'il a manifesté un comportement qui paraît inacceptable : colère, jalousie, désir de vengeance...

Ces sentiments, figés par les coups, seront alors refoulés, mais ressortiront forcément un jour ou l'autre sous une forme explosive. Plus l’enfant aura été frappé, donc humilié, et plus il cherchera à frapper et humilier les autres, en oubliant complètement pourquoi il a en lui ce besoin qu'il ne reconnaîtra pas comme tel, mais qui le poussera à s'intégrer dans des mouvements où la violence et la haine peuvent s'exprimer.

L'adolescent se trouvera ainsi entraîné à adhérer à des organisations dont le but inavoué est de pouvoir se libérer un jour sur des boucs émissaires de cette violence anciennement subie : combats de quartier ou de boxe, mais aussi intégration de groupements extrémistes et violents, dont l'objectif est d'agresser des groupes sociaux ou ethniques, boucs émissaires sur lesquels la haine accumulée pourra être projetée dans l’impunité.


Elles détruisent la sensibilité

et les aptitudes à la compassion envers les autres et envers soi-même. Les enfants battus font souvent mal aux animaux ou à leurs proches sans en éprouver de gène ni de remords, parce qu'ils ont dû trop fréquemment bloquer leurs propres émotions lorsqu'eux-mêmes étaient en état de souffrance.

Il est bien connu que les "tueurs en série" sont absolument sans compassion pour leurs victimes. Or  Thierry Toutin, policier qui a publié un travail fait à partir d'analyses d'un grand nombre de cas de tueurs en série note :"quasiment tous ont subi de graves violences morales, physiques ou sexuelles dans l'enfance" (réf. 17).


Elles bloquent les apprentissages

qui se font par des successions d'essais - erreurs - corrections. Si la correction des erreurs ne se fait pas par un réajustement en rapport avec l'erreur, mais par des "corrections physiques" qui n'ont rien à voir et qui provoquent stress et angoisse, l'auteur des erreurs abandonnera peu à peu tout essai et sera inhibé devant les apprentissages.

La scolarité, entre autre,

risque d'en pâtir lourde ment.


Des expériences récentes,

réalisées grâce à l’IRM,

ont montré que lorsqu’un individu

est en état de peur, il excite fortement,

au niveau de son cerveau, son amygdale

(centre de la peur)

tandis que son lobe frontal

(lieu des apprentissages),

s’inhibe complètement (réf. 36).

De nombreuses expériences d’apprentissage de la non violence se développent dans les écoles et un “Réseau École et non violence” vient d’être mis en place pour aborder avec les élèves les problèmers de violence et de résolution non violente des conflits (www.ecole-nonviolence.org).


Elles génèrent des maladies psychosomatiques

parce que, lorsqu’un individu a peur, il secrète des hormones dites “hormones du stress”.

Elles ont pour rôle de mettre en route immédiatement les métabolismes qui vont permettre une activité musculaire intense pour fuir ou se défendre :

- augmentation du rythme cardiaque pour accélérer la circulation sanguine et amener aux muscles le supplément d'éléments nutritifs nécessaires

- augmentation du rythme respiratoire pour majorer l'apport d'oxygène

- augmentation de la libération du glucose par un fonctionnement accru du pancréas, glucose et oxygène étant les carburants du muscle

- augmentation de la sudation pour contrebalancer l'échauffement de cette activité musculaire accrue.

Mais ces hormones du stress, si elles ne sont pas utilisées pour favoriser le travail musculaire de la défense ou de la fuite, vont s'accumuler et finir par léser les organes qu'elles stimulent inutilement.

Nous sentons bien, quand nous sommes stressés, c'est-à-dire que nous avons peur de quelque chose que nous ne pouvons pas maîtriser, que notre cœur bat plus vite, que notre ventre gargouille, que notre peau transpire, que notre main tremble, que notre organisme entre en révolution.


Or le bébé qui reçoit une "petite tape" sur la main (ce qui, pour lui, est déjà une agression notable puisque donnée sur la partie la plus riche en nerfs sensitifs de l'individu), ou l'enfant plus grand qui prend une fessée, vit chaque fois cette mise en émoi de tout son corps, ce qui, à la longue, favorisera l’apparition de certaines maladies.


Une souris placée dans une cage reçoit une petite décharge électrique. Elle fait alors une poussée de tension.  Si on répète souvent ce  stress, l'hypertension va devenir permanente, même si l'on n'envoie plus de décharge électrique. Mais si, lorsque la souris reçoit la décharge, elle peut se sauver dans une autre cage, elle ne fait pas d'hypertension. Ou si, lorsqu’elle reçoit la décharge, elle n'est pas seule et peut donner une bonne peignée à sa copine  (la croyant sans doute responsable), elle ne fait pas d’hypertension. Elle ne fait donc d'hypertension que si elle ne peut ni fuir ni se défendre, si donc elle est en "inhibition d'action"comme l'enfant qui est battu par une personne ayant autorité ! (réf.37)
         


Elles favorisent les accidents

parce qu'elles bloquent les mécanismes naturels de défense contre les agressions que sont la fuite ou la protection de soi, interdites devant les coups parentaux. L'enfant battu assez fréquemment, habitué à bloquer ses réactions automatiques de protection devant un danger, sera conditionné de cette façon et restera sidéré devant toute situation inquiétante, comme il l'était devant les claques ou fessées, au lieu de réagir rapidement pour sa protection.


Elles induisent des conduites psychologiques dites de «stress post traumatique»

pouvant aller jusqu’à la dissociation : l’amygdale cérébrale, qui est notre sonnette d’alarme devant tout danger, est mise en hyperactivité par les violences subies, ce qui fait courir un risque de survoltage à tout l’organisme. Car elle déclenche une surproduction d’adrénaline (risque cardio-vasculaire) et une surproduction de cortisol (lésant des neurones, en particulier ceux de l’hippocampe). L’organisme, pour se protéger, va alors court-circuiter l’amygdale, ce qui entraine un état psychologique de «dissociation» où une partie du cerveau ne répond plus. Mais la mémoire des traumatismes vécus, bloquée dans l’amygdale, pourra se rallumer brutalement lorsqu’un nouvel évènement rappellera le traumatisme : les manifestations psychiques pourront alors être explosives : hallucinations, déréalisations, dépersonnalisations, déformations perceptuelles... (réf. 76)


Elles peuvent générer un "syndrome de Stockholm"

c’est à dire une identification à l’agresseur. Car plus un enfant est battu "pour son bien et parce qu'on l'aime" et plus il devient asservi à ses bourreaux qu'il idéalise et dont il a par la suite beaucoup de mal à se séparer. Bowlby a bien montré qu'avant 3 ans, plus l'enfant est puni, et plus il s'attache (réf. 38). Mais ce faisant, il perd contact avec la réalité, vit dans ses fantasmes de violence qui, un jour ou l'autre, l'amèneront à son tour à des actes violents, puisque lorsqu'on aime, on frappe. Resté très fortement attaché à ses parents, il sera incapable de faire le lien entre la violence de leur éducation et la violence qu'il véhicule lui-même comme adulte, la revendiquant alors comme nécessaire pour toutes sortes de mauvaises raisons.

Un travail de l'OMS de 2.001 montre que les jeunes des États Unis (où les homicides sont 8 fois supérieurs à ceux de l'Europe), sont beaucoup plus d'accord que les jeunes Européens sur les assertions suivantes "La guerre est nécessaire" - "On a le droit de tuer pour défendre ses biens" - “Les punitions corporelles sont nécessaires aux enfants" (réf. 39).                                                                                                                  


                                                                                                           

 
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