Lettre de Jacqueline Cornet  à Monsieur le Ministre Alain JUPPE du 24 08 15


à la suite de son intervention rapportée dans Closer le 21 08 15 notant qu’élevé au martinet, il n’est pas opposé à la fessée et confirmant : «je trouve ce débat un peu ridicule».


Monsieur le Ministre,

Présidente de l’association « Ni claques ni fessées », je me permets de vous adresser la brochure de l’association que j’ai créée et que je préside depuis 20 ans.

J’ai en effet pensé que vos lourdes tâches ont dû vous tenir éloigné d’informations largement diffusées par tous nos médias, informations concernant la nocivité des punitions corporelles.


Il me semble que, s’il se confirme que vous désirez accéder à la Présidence de la République, il n’est pas possible que vous restiez complètement à l’écart de la multitude de travaux élaborés patiemment par des scientifiques de tous les pays. Travaux si probants que

l’OMS, l’ONU, l’UNICEF et le CONSEIL DE L’EUROPE

ont pris parti pour demander à chacun de nous, dans le monde entier,

de faire un effort sur lui-même pour ne pas reproduire

l’éducation violente qu’il a reçue.


Car il s’agit d’un problème équivalent à celui du réchauffement climatique, c’est-à-dire un problème dont il faut absolument tenir compte si l’on veut protéger la planète d’une violence qui semble se majorer de siècle en siècle.

Il n’est pas possible qu’un responsable de haut rang reste mal informé d’un problème qui, bien pris en charge par bon nombre de pays européens, leur permet d’aller mieux que la France : Suède, Danemark, Allemagne, Autriche, Finlande, Norvège… : 27 pays européens ne se sont pas sentis ridicules d’avoir décidé de faire un effort pour diminuer la violence interhumaine. Si l’Allemagne ferme ses prisons, alors que la France en bâtit de nouvelles, vous êtes-vous demandé pourquoi ?


Notre site internet « niclaquesnifessees.org » pourrait permettre à votre environnement de s’informer rapidement sur ce sujet essentiel à ceux qui préparent l’avenir de la France.

J’espère pouvoir vous convaincre des énormes bénéfices qu’il y a à basculer vers une « éducation positive » des enfants, et vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mon profond respect.


Lettre de Jacqueline Cornet au Pape François (09.02.15)

          Votre Sainteté,

Comme beaucoup de gens dans le monde, je suis très étonnée de la position que vous venez de prendre par rapport à la fessée que vous parez, me semble-t-il, de vertus éducatives.


Or depuis une trentaine d’années psychologues, médecins, ethnologues, historiens de beaucoup de pays passent une bonne partie de leur temps à chercher les causes d’une violence qui a multiplié les haines et les destructions tout au long du XX è siècle. Il ne paraît pas possible de ne pas tenir compte de leur travail qui fait de la violence reçue dans l’enfance la cause essentielle des violences exprimées par les adultes.


Je regrette que vos lourdes et très nombreuses tâches ne vous aient pas permis de vous documenter de façon approfondie et objective sur ce sujet de la fessée. D’autant qu’il paraît difficile d’aller à l’encontre des prises de position de l’ONU, de l’Unicef, de l’OMS et du Conseil de l’Europe, qui demandent tous à leurs ressortissants d’éradiquer toute forme de violence dans l’éducation des enfants, tout en orientant les parents vers l’éducation positive qui allie autorité sans violence et communication empathique. Beaucoup de livres en France donnent des repères aux parents pour exercer une « autorité sans fessées ».


Je me permets de vous adresser la documentation de notre association, en espérant qu’elle vous convaincra facilement de la nécessité d’œuvrer pour une éducation non violente des enfants. Ce qui irait tout à fait dans le sens des positions éclairées qui ont été les vôtres depuis votre investissement dans les plus hautes fonctions humaines.


En vous priant d’agréer, Votre Sainteté, l’expression de mon plus profond respect.



Lettre d’Olivier Maurel au Pape François (08.02.15)


        http://www.oveo.org/quand-le-saint-pere-parle-des-peres/


Lettre à Madame la Ministre de la Famille Laurence Rossignol (24 Juin 2014)


Madame la Ministre,


Vous venez d’empêcher le Parlement Français de prendre position sur le problème des punitions corporelles, problème déjà résolu par la plupart des pays d’Europe. Ceci singularise la France de manière honteuse en la rendant, entre autre,  responsable de la mort de deux enfants par jour, morts consécutives à des violences familiales pratiquées au prétexte d’éduquer.


Le pays des droits de l’homme admiré dans le monde entier peut–il supporter d’être celui de la maltraitance à enfants, alors que la quasi-totalité des pays européens, une dizaine d’autres pays développés et de nombreux pays en voie de développement d’Afrique, sous la houlette de l’association EMIDA, sont en train de nous devancer en développant des « pratiques parentales positives » ? Pratiques qui ont pour but de rompre le cercle vicieux de la violence mais ont de plus l’avantage d’être réellement « éducatives ».

En remettant à plusieurs mois l’examen de cette distorsion française, vous prenez le risque qu’on vous accuse de la mort de nombreux petits enfants et des handicapes de beaucoup d’autres ? En tant que citoyenne d’un pays démocratique, et pour pouvoir répondre aux questions insistantes des membres de mon association, j’aimerais savoir quelles sont les raisons qui vous ont poussé à prendre cette grave décision.


Je me permets de vous adresser quelques brochures de mon association pour informer les Membres de votre Ministère du problème tel qu’il se pose actuellement.


Je vous remercie de la réponse que vous voudrez bien me donner en vous priant de croire à mes sentiments très respectueux .

                            Docteur Jacqueline Cornet, Présidente de «Ni claques ni fessées»


Réponse du 8 Juillet de Madame Rossignol  (son Chef de cabinet Mr Cyril Fernagu)


Madame la Présidente,

Vous avez bien voulu faire part à Madame Laurence Rossignol, Secrétaire d’ Etat chargée de la Famille, des personnes agées et de l’autonomie, de vos réflexions concernant les punitions corporelles envers les enfants et lui faire parvenir la brochure de votre association.

Madame la Secrétaire d’ Etat vous remercie de cet envoi fort à propos en cette année du 25e anniversaire de la ratification de la Convention internationale des droits de l’enfant.


Très sensible à la question des droits fondamentaux de l’enfant, Madame la Secrétaire d’Etat a chargé ses services de travailler sur cette question plus particulièrement sous l’angle de la maltraitance. C’est donc par ce biais de la protection de l’enfance que Madame la Secrétaire d’Etat espère enfin bannir toutes formes de châtiments corporels et pratiques dégradantes. En effet, si l’on doit et peut éduquer sans frapper, la loi n’est pas forcément la bonne ou unique solution pour éradiquer ces violences.


Si l’amendement écologiste auquel vous faites référence a été retiré c’est qu’il n’avait pas de rapport direct avec la proposition de loi examinée.

Sachez que plusieurs articles du Code pénal sanctionnent déjà les atteintes à l’intégrité physique de l’enfant. En effet, l’article 222-13 prévoit des sanctions aggravées pour les violences sur un mineur de moins de 15 ans, considéré comme personne vulnérable. L’article 222-14 prévoit, quant à lui, des sanctions aggravées pour les violences habituelles sur mineur de moins de 15 ans.


Espérant que ces éléments seront de nature à vous rassurer, je vous prie d’agréez, Madame la Présidente, mes salutations distinguées.



Lettre à Madame la Ministre de la Famille Laurence Rossignol (28 07 14)


Madame la Ministre,


Je vous remercie d’avoir bien voulu répondre à ma lettre du 24 Juin dernier par l’entremise de Monsieur Cyril Fernagu.. Malheureusement, votre réponse ne peut pas satisfaire les adhérents de mon association car les arguments que vous proposez ont déjà, et depuis longtemps, été contredits par les faits.


En effet, vous dites que la loi n’est pas forcément la bonne et unique solution pour éradiquer les violences faites aux enfants sous prétexte de les éduquer, mais la persistance d’une très grande proportion de parents qui usent de cette violence en France, malgré vingt ans d’information bien faite par tous les médias (la presse, la radio et la télévision ont très fréquemment et largement développé ce sujet avec l’aide de notre association), vient au contraire vous démontrer qu’il n’y a plus guère d’autre solution. Aucune n’apparaît d’ailleurs dans votre lettre.


De plus, je sais très bien (puisque nous développons cela dans notre brochure, pages 28 à 30, que vous n’avez sans doute pas eu le temps de lire) que l’article 222-13 du Code Pénal prévoit des sanctions pour les violences sur mineurs. Mais la jurisprudence fait état en général d’« un droit de correction parental »…  qui en fait n’est inscrit nulle part, mais continue d’être invoqué dans les prétoires. Tant que l’article 371-1 du Code Civil n’inclura pas l’abolition des punitions corporelles, les parents, les éducateurs et les juristes ne seront pas informés clairement que la fessée est prohibée : on ne pourra alors leur reprocher de défendre la fessée ni les charger d’amendes, ou pire de prison. Car vous savez bien que les parents, qui ne donnent – disent-ils - « que de petites fessées », s’ils ne sont pas avertis fermement, se laissent aller de temps en temps à exprimer brutalement leur colère par des coups beaucoup plus forts, avec ou sans instruments, (martinet, ceinture, bâton…) parce que ce jour là ils sont fatigués, énervés, stressés… et qu’ils se persuadent facilement qu’ils font simplement montre d’autorité.


En fait, il ne s’agit pas de punir les parents mais de les informer que leurs enfants ont des droits, dont celui d’être élevés sans violence, comme cela est demandé par toutes les instances internationales (ONU, UNICEF, OMS) ou européenne (Conseil de l’Europe dont la France a signé l’article 17 de la Charte Sociale).


C’est pourquoi, à la suite des demandes réitérées que lui a fait le Conseil de l’Europe, il est grand temps pour la France d’inscrire dans son Code Civil ce droit des enfants à être éduquer sans violence.  (voir page 29 de notre brochure). Je dis bien Code Civil et non pas Code Pénal : les parents contrevenant n’ont rien à faire en prison et des amendes ne puniraient que les plus pauvres. Alors que ces parents tireraient grand bénéfice d’être orientés vers nos services d’aide à l’enfance, qui sont multiples, mais inefficaces si la loi ne vient pas les soutenir (PMI, CMP, Maisons de l’Enfance, Services sociaux municipaux… ).


Au mois de janvier 2013, une plainte a été déposée contre la France auprès du Comité européen des droits sociaux (plainte n° 92/2013 publiée par le Conseil de l'Europe). La France y était accusée par l'ONG de protection des enfants APPROACH de ne pas avoir interdit toute forme de punition corporelle infligée aux enfants comme elle aurait dû le faire en tant que signataire de la Convention internationale des droits de l'enfant.

Le 3 mai 2013, le ministre français des Affaires étrangères a contesté la validité de cette plainte sous prétexte qu’elle

ne serait pas conforme au système de réclamation collective. Mais le Comité européen des droits sociaux n’en a pas jugé

ainsi et, le 2 juillet 2013, le plainte de l’association APPROACH a été déclarée recevable. Le Gouvernement français a

donc été contraint de soumettre par écrit un mémoire expliquant ses arguments sur le bien-fondé ou non de la

réclamation avant le 27 septembre 2013.


Or le Gouvernement a de nouveau fait valoir ce fameux article 222-13 qui ne trompe plus personne et ne fait que ridiculiser la France aux yeux des autres Pays Européens., Il aurait dû en effet permettre d’éradiquer les punitions corporelles depuis longtemps en France s’il était appliqué, ce qui n’est qu’exceptionnellement le cas. Pauvre France, incapable de protéger ses enfants et de promouvoir une éducation plus performante déjà adoptée par la plupart des Pays Européens… qui n’ont malheureusement pas fini de nous damer le pion.

Cette éducation délétère concerne plus de 70 % des 13 millions d’enfants français, donc plus de 9 millions : on peut alors se demander combien d’homosexuels ont bénéficié de la loi sur le mariage gay ? Combat qui, s’il fut juste, fut très difficile et n’était peut-être pas prioritaire, et que la Ministre de la Famille a tout de même pris en charge et conduit avec efficacité. Pourquoi nos 9 millions de petits Français ne peuvent-ils pas bénéficier d’autant de conviction et d’énergie ?


Alors que la Convention d’Istanboul rallie la plupart des pays européens et méditerranéens autour de son opuscule « A l’abri de la peur, à l’abri de la violence » afin de protéger les femmes de la violence domestique, pourquoi les enfants ne pourraient-il pas aussi vivre « à l’abri de la peur, à l’abri de la violence » ? Et pourquoi ce modèle de la violence que sont les punitions corporelles doit-il être encore infligé aux enfants pour en faire de futurs violents domestiques ? Quand se décidera-t-on à rompre ce cercle vicieux ?


Je me permets donc de vous demander de bien vouloir faire enfin évoluer la façon dont la France élève ses enfants, inadaptée aux temps modernes comme le démontrent tous les travaux scientifiques publiés sur le sujet (pages 4 à 9 de notre brochure), et faisant ainsi prendre encore plus de retard à notre pays,

en vous priant de croire, Madame la Ministre, à mes sentiments très respectueux.

                                                                            La Présidente, Docteur Jacqueline Cornet



Réponse du Chef de Cabinet de la Ministre Laurence ROSSIGNOL du 16 septembre 2014


    Vous avez bien voulu faire part à Madame Laurence Rossignol, Secrétaire d’ Etat chargée de la Famille, des Personnes agées et de l’Autonomie, d’un second courrier relatif aux punitions corporelles envers les enfants.

    Madame la secrétaire d’Etat vous remercie de ce nouvel envoi dont elle a également pris connaissance avec grande     attention

    Afin de compléter la réponse qui vous a été faite par courrier en date du 8 juillet 2014, je tiens à vous assurer que le travail mené par le Secrétariat d’Etat chargé de la Famille, des Personnes agées et de l’Autonomie, est engagé sur tous les aspects de la question, de même que sur l’application de la convention internationale des droits de l’enfant en France et ce, en lien avec l’ensemble des professionnels de l’enfance et avec le ministère de la Justice.

    Je vous prie d’agréer, Madame la présidente, mes salutations distoinguées.

                                                                            Signé Cyril Fernagu.



Marion Cuerc nous parle de la Suède


"Je voudrais juste dire un truc. Je suis de près l'actualité en France a propos de la loi, j'ai regardé les reportages télé, les journaux, les réactions des gens multiples...

Je voudrais dire un truc là. Les gens s'exclament que “j'en suis pas mort”, ou encore “ça m'a pas fait de mal“. Tout le monde s'égosille à innocenter complètement les violences éducatives : “c'est pas grave”, “c'est pas fort”, “c'est pas souvent”, “c'est qu'une simple claque… ”. “C'est que…” par ci, et “c'est que” par là....

Mais, personnellement, à tous et à toutes, je leur réponds : Ok, vous n'en êtes pas morts, vous êtes toujours de chair et d'os sur notre planète Terre. Mais !
Si vous saviez ! Combien ça abime une société ! Les personnes ! Oui, même VOUS, même si vous ne vous en rendez pas compte ! Si vous saviez combien toute cette violence vous a abimés, sur TOUS les plans...!

Je vis en Suède comme vous le savez, ici je vis au jour le jour avec ce que j'appelle ''la nouvelle génération''. Les gens, les adultes, qui n'ont jamais vu l'ombre d'une claque dans leur enfance. Ni victimes, ni témoins d'ailleurs, une enfance complètement dénuée de ces violences quotidiennes. Je les côtoie tous les jours, je vis avec eux, je ne vois qu'eux. Et je peux vous dire, quelle différence !

Vous dites que ça ne vous a pas fait de mal, moi je vous réponds que si.

La façon de respecter les autres, la façon de se respecter soi même, l'autodiscipline, la gentillesse ambiante, ce sentiment de sécurité, d'écoute… Cette façon de parler de l'être humain, cette façon d'être, de vivre, de parler…

Moi je vous le dis, OUI, les violences éducatives vous ont fait du mal. Peut-être que vous vous en rendez pas compte car c'est inscrit comme banal au marqueur dans vos neurones ; peut-être que vous ne vous en rendez pas compte, parce que c'est un morceau de quotidien pour vous, témoin, acteur, victime.

Peut-être encore que vous avez souffert, mais que vous vous êtes finalement dit “tout le monde passe par la...” Je ne sais pas. Il peut y avoir tant de raisons.

Mais je le dis, pour côtoyer tous les jours ces personnes - par centaines, par milliers, à tous les coins de rue - qui n'ont jamais été violentes, la différence, c'est un fossé, profond le fossé, juste sans fond en fait !!!

Je serais personnellement incapable de revenir en France, et à chaque vacances, j'y vois cette différence qui m'explose à la figure. Car pour moi, tout ca c'est devenu juste naturel. Et a l'inverse, ce qui est naturel bien souvent en France dans les relations, les façons de faire et d'être, ca me pose question, ca me gène, ca me dérange... et ca me rend dingue de ne rencontrer que des regards plus que sceptiques des que j'essaye (en vain) de faire part de ce que je ressens par rapport à ca.

Cette loi, il nous la faut, en France. Il faut oser aller contre nos préjugés, nos idées reçues qu'on nous a inculqué si tôt ; il faut oser donner cette place aux enfants, à vos enfants, à nos enfants, pour notre société de demain. Il le faut. Cette loi n'est pas tirer une balle dans le pied des parents, ni de la société, c'est au contraire la tirer vers le haut cette société, et tellement haut…

9 millions de suédois vous le diraient.

Les jeudis muets de Sylvie Hippolyte

Deux soeurs sont prises en otages par leur mère qui vit un divorce très conflictuel.

«Notre règle d’or : l’opposition systématique..... elle nous attaque, nous nous rebiffons. Au moment où elle cogne, et elle cogne plus méchamment si nous feignons l’indifférence, nous la défions jusqu’à ce qu’elle ravale son venin. Ça devient la panique dans son cerveau, dans ses membres qui tremblent, dans ses nerfs en pelote. Le système s’échauffe, défaille. Son esprit s’embrouille. Bien que la loi qu’elle nous impose n’ait pas de sens, nous sommes obligées de nous soumettre à son autorité, alors oui, nous nous divertissons à démasquer ses limites. Pour lui prouver notre persévérance à la contrarier. Est-ce qu’une maman perd ses moyens ? Elle nous a bétonné les joues, nous ne ressentons plus la douleur, on s’endurcit aux sévices, les gifles ne cuisent  pas nos joues, elles cuisent nos entrailles. Les larmes refusent de jaillir, elles fluent vers le tréfonds de notre organisme, elles s’y fossilisent, elles sont analogues aux eaux des fontaines pétrifiantes, ce sont des larmes de pierre, des larmes pétrifiées. Nous avons appris à pleurer en silence, loin d’elle.»    

Une enquête faite en 1999 par la SOFRES


pour l'association montrait que seulement 16 % des personnes interrogées ayant des enfants ne leur donnaient jamais de coups, alors que 33 % en donnaient rarement et que 51 % en donnaient souvent.

Les femmes, qui évidemment passent beaucoup plus de temps avec leurs enfants, disaient les battre "plus que rarement" pour 35 % d'entre elles, contre 22 % des hommes.


Les plus âgés et les moins diplômés des enquêtés ont été eux-mêmes les plus battus dans leur enfance. Ils utilisent à leur tour plus fréquemment les châtiments physiques que les autres parents : 45 % des sans diplômes fessent leurs enfants "de temps en temps ou souvent", contre 40 % des possesseurs du certificat d'étude, 28 % des CAP, BEP, BEPC, 24 % des BAC et 19 % des diplômés de l'enseignement supérieur.

On note donc une double évolution : les parents actuels d'une part et les plus instruits d'autre part utilisent moins les châtiments corporels. Ces remarques sont à rapprocher de celles faites sur la violence à la télévision. En 1994, on y voyait en moyenne 10 crimes par heure, mais les chaînes responsables  se situaient dans l'ordre décroissant M6, TF1, FR2, FR3, Arte. La culture, là aussi, semble se faire antidote de la violence.


Et voici l’effet que les parents disent attendre des punitions corporelles,

- Sur l’obéissance aux parents : 43 % d’effets positifs, 39 % d’effets négatifs

  1. -Sur la force de caractère des enfants : 32 % d’effets positifs, 45 % d’effets négatifs

  2. -Sur la responsabilisation de l’enfant : 29 % d’effets positifs, 46 % d’effets négatifs

  3. -Sur la préparation à l’entrée dans la société : 29 % d’effets positifs, 46 % d’effets négatifs

  4. -Sur le travail scolaire : 28 % d’effets positifs, 47 % d’effets négatifs


On voit donc que les parents utilisent les punitions corporelles sans en attendre vraiment, pour une grande part d’entre eux, un bénéfice notable, et même si, après réflexion, ils pensent que ce n’est pas une bonne solution...


Une enquête faite en 2009 par la SOFRES


Il n’y a plus que 67% des parents qui disent donner ou avoir déjà donné la fessée à leurs enfants : 2% souvent, 19% de temps en temps et 46% exceptionnellement. Un tiers (33%) n’en a jamais donné.

L’opinion est partagée sur le principe même de la fessée et sur ce qu’elle représente : pour 45% des Français (et 42% des parents interrogés), elle constitue « un moyen d’éducation qu'il faut utiliser, car cela apprend à l'enfant le respect de l'autorité » ; en revanche, elle représente pour 52% d’entre eux (et 55% des parents interrogés) un geste à éviter, « car cela banalise l’usage de la force et de la violence chez l’enfant ».

L’attitude envers la fessée est assez clivée selon la catégorie sociale : les partisans de la fessée comme moyen d’éducation à utiliser se retrouvent davantage parmi les sympathisants de droite (60%), les ouvriers (51%) et les hommes (51%). Les anti-fessées qui la considèrent comme un geste qui banalise la violence se trouvent à l’inverse plutôt chez les sympathisants de gauche (60%), les cadres (61%) et les femmes (58%).

Mais 81 % des parents restent opposés à une loi d’interdiction de la fessée.


Au sujet du Livre d’Olivier Maurel “Oui la nature humaine est bonne” Comment la violence éducative ordinaire la pervertit depuis des siècles..

Le Monde des Livres, article de Nancy Huston du 18.06.09


Le titre (qui n’est pas de l’auteur) fait frémir. La thèse (que résume le sous-titre) fait pouffer. C’est tellement énorme, se dit-on, que ce doit être simpliste, donc faux. Nous voilà au coeur du problème : l’espèce humaine est cette étrange espèce qui aime dire et entendre dire du mal d’elle-même, croire sa nature mauvaise plutôt que bonne.


Olivier Maurel, auteur d’un précédent ouvrage sur la fessée, explore ici tous le tenants et aboutissants du thème de la violence éducative. Un fois que l’on en a entamé la lecture, on cesse de pouffer et on écoute. On se souvient, peut-être, de l’enfant qu’on a été, et des coups que l’on a reçus. On apprend, que partout dans le monde, “80 à 90 % des enfants sont soumis à la violence éducative pratiquée dans leur pays”.


Ainsi, la première leçon d’éthique inculquée aux petits humains est-elle une leçon paradoxale : le fort a le droit de faire mal au faible, serait-ce pour apprendre à ne jamais faire mal aux plus petits que soi ! Le mépris des enfants suscite, chez les enfants méprisés devenus adultes, le mépris des enfants. D’où un refus de prendre au sérieux leur souffrance, et une tendance à la perpétuer, dans un des plus vieux cercle vicieux du monde.


Boussole intérieure perturbée.

Le cerveau de l’enfant est justement en train de se former. Secoué, choqué, déstabilisé par la violence, incapable de critiquer ceux qui la lui infligent, dont il dépend entièrement pour sa survie, l’enfant tourne son stress contre lui-même, avec des résultats désastreux pour sa santé physique et mentale. Sa boussole intérieure est perturbée. Ses pensées se scindent de ses émotions et il apprend à ne plus éprouver de la compassion, d’abord pour lui-même, ensuite pour les autres.


En une fresque magistrale, Maurel passe en revue la philosophie, les religions, les traités d’éducation et de littérature, de l’Antiquité à nos jours. Il montre comment les trois monothéismes ont élaboré le concept d’un Dieu paternel et puissant, modèle de justification des pères réels châtiant leurs enfants. Les graçons sont plus frappés que les filles, précisément pour qu’ils ne deviennent pas des “femmelettes”. Alors que Jésus incarnait à cet égard une attitude révolutionnaire (“Si vous ne devenez pas comme des petits enfants, vous n’entrerez pas au royaume des cieux”), saint Augustin - après s’être amèrement plaint des châtiments subis pendant sa scolarité - formulera le dogme du péché originel qui fera de chaque humain à la naissance un être mauvais, devant être contraint par la force à emprunter la voie du Bien.


Le chapitre le plus lumineux du livre est peut-être celui qui rapproche ce dogme chrétien de celui, psychanalytique, du complexe d’Oedipe. En décidant de ne plus croire aux abus sexuels subis par ses patient(e)s, Freud opère un retournement spectaculaire : alors que les vrais fautifs étaient les pères, le coupable désigné sera l’enfant. Ce ne sont pas les adultes qui violent ou maltraitent leur rejeton, mais ceux-ci, “pervers polymorphes”, qui rêvent d’inceste et de parricide. D’où, pour Freud, cette certitude : “Il faut que l’éducation inhibe, intrerdise, réprime”.


Impressionnants pères sévères.

Les conséquences de cette “misopédie” généralisée sont ahurissantes mais prévisibles. Un garçon battu aura plus de chance de battre sa femme et ses enfants; une fille battue, de devenir une femme battue et de battre ses enfants. Ont été des enfants gravement maltraités, non seulement la quasi-totalité des délinquants et des criminels, mais aussi les hommes politiques s’arrimant à des idéologies virulentes et désignant à leur tour des boucs émissaires à éliminer, de Milosevic à Hitler, Staline ou Mao. On n’aime pas entendre cela. On est tellement impressionné par ces “pères sévères” que la seule idée de chercher à expliquer leurs méfaits par leur enfance nous frustre de notre colère. On est tellement fasciné par l’horreur d’Auschwitz qu’on préfère ou bien la sacraliser en décrétant qu’elle est incompréhensible, “qu’il n’y a pas de pourquoi” - ou, au contraire, la banaliser en prétendant que tout un chacun est susceptible de devenir bourreau.


Si on lit le livre d’Olivier Maurel, on ne pourra plus raisonner ainsi. On apprendra, d’une part, que toutes les populations s’étant livrées a des génocides avaient reçu une éducation basée sur la discipline, la punition, l’obéissance aveugle, et, d’autre part, que les individus ayant refusé de collaborer au déploiement du mal extrême, ayant préservé leur compassion (les “Justes” par exemple), avaient vécus, petits, dans la tendresse et le respect de leur entourage.


Certes, malgré la puissance des arguments de Maurel et la pléthore de ses preuves, plusieurs questions restent sans réponse. Quid, par exemple, des parents permissifs dont les enfants peuvent être violents ? Quid de la violence comme preuve de liberté, chère à l’Homme du souterrain de Dostoïevski ? Quid, surtout, des autres causes de la violence ? Car celle-ci, pour les êtres fabulateurs que nous sommes, est une source inépuisable d’histoires, d’intrigues, de rebondissements et d’effets inattendus. Bien plus que la création (qui, elle, est toujours lente et laborieuse, toujours partielle), la destruction - instantanée, spectaculaire- nous donne un accès rapide et euphorisant à la toute puissance divine.


Oui la nature humaine est bonne ! soulève un sacré lièvre. Il faut surmonter ses résistances, le lire et le faire lire. C’est un de ces rares ouvrages qui, bien compris, pourrait infléchir l’Histoire



Lettre à Monsieur le Ministre Alain JUPPE du 22 08 15


Monsieur le Ministre,


Présidente de l’association « Ni claques ni fessées », je me permets de vous adresser la brochure de l’association que j’ai créée et que je préside depuis 20 ans.


J’ai en effet été assez surprise que vous ayez échappé totalement aux informations largement diffusées par tous nos médias, informations concernant la nocivité des punitions corporelles.


Il me semble que, s’il se confirme que vous désirez accéder à la Présidence de la République, il n’est pas possible que vous rejetiez d’un revers de main la multitude des travaux élaborés patiemment par des scientifiques de tous les pays. Travaux si probants que l’OMS, puis l’ONU et l’UNICEF, et le CONSEIL DE L’EUROPE ont pris parti pour demander à chacun, dans le monde entier, de faire un effort sur lui-même pour ne pas reproduire l’éducation violente qu’il a reçue.


Car il s’agit d’un problème équivalent à celui du réchauffement climatique, c’est-à-dire un problème dont il faut absolument tenir compte si l’on veut protéger la planète d’une violence qui semble se majorer de siècle en siècle.


Il n’est pas possible qu’un responsable de haut rang continue de faire fi de problèmes qui, bien pris en charge par bon nombre de pays européens, leur permet déjà d’aller mieux que la France : Suède, Danemark, Allemagne, Autriche…


L’Allemagne ferme ses prisons, alors que la France en bâtit de nouvelles, vous êtes-vous demandé pourquoi ?


Notre site internet « niclaquesnifessees.org » pourrait permettre à votre environnement de s’informer rapidement sur ce sujet essentiel à ceux qui préparent l’avenir de la France.


J’espère pouvoir vous convaincre des énormes bénéfices qu’il y a à basculer vers une « éducation positive », et vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mon profond respect.









































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