LES FESSÉES SONT NOCIVES

Un premier point précis était fait en 1998 par les chercheurs américains sur l'efficacité des punitions corporelles à l'école, puisqu'à cette date plus de la moitié des États américains les utilisaient. Les conclusions étaient données dans la prestigieuse revue "Pediatrics" qui affirmait que les fessées s'étaient révélées inefficaces à l'école et que leur suppression n'avait pas augmenté les mauvaises conduites. Dans cette même revue, l'analyse de 166 publications scientifiques ne mettait pas en évidence de résultats franchement positifs de l'utilisation de la fessée. Seuls quelques articles démontraient une action sur l'obéissance immédiate (réf.1). 


Par contre, claques et fessées se sont montrées nocives en premier lieu par les blessures ou atteintes physiques qu'elles entraînent beaucoup plus souvent qu'on ne l'imagine ou le voudrait. Mais aussi et plus encore par un ensemble de mécanismes complexes qui vont majorer les risques de conduites agressives, de dépression, de tendances suicidaires, d'abus de drogues, de manifestations anti-sociales diverses pouvant aller jusqu'à l'homicide.


Une grande revue générale épluchant 50 années de travaux scientifiques a été promue aux USA en 2015 concernant 160.927 enfants et publiée en avril 2016 dans le Journal of Family Psychology canadien. On y confirme que la fessée est inéfficace et dangereuse, qu’elle est associée aux mêmes effets adverses que les agressions physiques, qu’elle augmente les comportement antisociaux et agressifs, et qu’elle majore les problèmes de santé mentale ou cognitifs (réf. 79).


Atteintes  physiques  causées  par  les  punitions  corporelles


Des traumatismes directs

Deux enfants meurent chaque jour en France

à la suite des mauvais traitements de leur entourage.

chiffres de l’ODAS

Si l'on découvre de simples plaies du cuir chevelu chez des enfants bousculés par une "bonne claque" qui leur fait heurter le coin d'un radiateur... on déplore parfois de véritables traumatismes crâniens avec coma et séquelles graves pouvant aller jusqu'au décès. Les gifles appliquées malencontreusement sur l'oreille peuvent être responsables de perforations des tympans, tandis que le bout d'un doigt va pouvoir léser gravement un œil (étude importante faite au Niger (réf. 4)).  Des coups donnés en porte à faux sur de jeunes enfants entraînent facilement des fractures. Alors que les coups donnés sur les fesses et les cuisses engendrent des hématomes (les "bleus") qui peuvent, par leur répétition, léser des muscles ou des tendons.


Des lésions irréversibles du cerveau


peuvent apparaître lorsqu'on secoue un bébé un peu énergiquement parce qu'il irrite son entourage par ses pleurs ou son refus de dormir. Un travail fait à l'Université d'Harvard a démontré récemment qu'un quart des enfants secoués fortement avant 4 mois en étaient morts, alors que parmi les autres, plusieurs avaient eu des troubles visuels, des paralysies, des troubles du langage ou des apprentissages (réf. 5). L'hôpital des Enfants Malades, à Paris, a publié des résultats tout à fait superposables sur ces "enfants secoués" avec 230 cas répertoriés sur 4 ans. Les lésions s'expliquent par le fait que le cerveau du petit enfant ne remplit pas encore la boite crânienne et peut donc "ballotter" en arrachant des vaisseaux.


Mais de plus, Martin Teicher, Psychiatre de l’Université de Harvard, publie depuis 2000 des travaux qui tous concordent pour montrer que certaines régions du cerveau (le corps calleux et l’hippocampe en particulier) sont réduites de façon significative chez les enfants qui ont subi des violences. Il rend ces modifications responsables de divers troubles des apprentissages, de l’anxiété et de la dépression (réf. 74).


Et son collègue A. Tomoda montre la réduction de volume du cerveau préfrontal chez les jeunes adultes ayant subi de sévères punitions corporelles (réf. 73).


Puis Turucki et coll. publient en 2009 dans Nature/Neurosciences leur étude qui confirme que les mauvais traitements infligés dans l’enfance altèrent de façon durable des gènes impliqués dans la réponse au stress.


Alors que A. Shore montre que le centre orbito-frontal (petite structure du lobe préfrontal en rapport avec notre sociabilité) est plus développé chez les enfants qui ont été élevés avec empathie. Il prouve aussi que la relation mère/enfant traumatique inhibe la croissance de l’hémisphère cérébral droit qui gère les signaux affectifs et émotionnels (réf. 75).


Et Michael Meaney au Canada trouve des modifications de l’ADN des cerveaux d’hommes morts par suicides : «les interactions entre l’ADN et l’environnement jouent une rôle crucial dans la capacité de résistance au stress, d’où le risque de suicide» (réf. 77).


Une vidéo du Magazine de la Santé de Michel Cymes et Marina Carrère d’Encausse montre très bien les dégats provoqués par un grand stress au niveau du cerveau :

         http://www.facebook.com/video/video.php?v=101531346537218&ref=mf



La multiplication des accidents et des maladies


vient d'être mise en évidence par le docteur Jacqueline Cornet qui, en France, effectuant en 1995 une recherche sur 300 jeunes accidentés de la route, a pu établir une relation très étroite entre la force, la fréquence et la durée des coups reçus en famille à titre éducatif et le nombre des accidents subis dans l’enfance et l’adolescence. La différence en nombre et en gravité des accidents est déjà notable entre des enfants jamais battus et ceux qui n'ont reçu que des coups "légers et rares". Et les enfants le plus souvent battus sont aussi les plus gravement malades. Par ailleurs, phénomène déjà connu, plus les parents ont été battus dans leur enfance et plus ils battent à leur tour leurs enfants. Mais ils se retrouvent aussi plus nombreux à avoir été élevés dans des pays gouvernés par des régimes dictatoriaux : un véritable cercle vicieux de la violence semble ainsi se mettre en place, entraînant l'enfant, la famille et la société de laquelle ils sont issus (réf. 6).

   

Le Pr Lau, au centre hospitalo-universitaire de Hong Kong, confirme de son côté, chez plus de 3.000 jeunes chinois du secondaire, que les enfants battus ont un taux plus important d'accidents et de maladies psychosomatiques que les non battus (réf. 7).

Odile Bourguignon avait déjà montré que dans les familles où un enfant avait été victime d’un accident mortel la violence parentale était multipliée par trois (réf. 8 a).

   

Aux USA, on vient de montrer une corrélation forte entre les punitions corporelles reçues et le développement d’une obésité (réf. 8 b). Plusieurs travaux ont par ailleurs mis en évidence une relation entre l’hyperactivité et l’importance des punitions corporelles (réf. 8 c). Et les enfants qui ont reçu tôt ce type de punitions ont une hypersensibilité aux stress, une baisse des défenses immunitaires et des déficits cognitifs (réf. 8 d).


En 2012, le Pr Hyland de Plymouth faisant une recherche sur une population d'Arabie Saoudite montre que les adultes qui ont reçu de notables punitions corporelles dans leur enfance font beaucoup plus de Cancers, Maladies cardiovasculaires et Asthme  que ceux qui n'en ont guère reçu. (réf. 8 f).



Troubles  du  comportement

causés  par  les  punitions  corporelles


Incohérence

Suzanne Robert-Ouvray, qui travaille sur les liens entre le corps et le psychisme de l'enfant, précise que le cervelet, qui permet à l'enfant de récupérer très vite ses coordinations psychomotrices après une violence, n'est mature que vers 3 ans. Avant cette période, tout bouleverse l'enfant, les cris, les coups, les bousculades. Ses idées, ses débuts de logique, ses raisonnements sont alors secoués comme dans un gobelet. L'enfant tétanisé dans son corps est sidéré dans sa pensée. À l'âge adulte, ce processus de sidération se réactivera à la moindre violence. L'enfant battu deviendra un adulte qui aura des difficultés à mettre en cohérence ses pensées et ses actions musculaires (réf. 9).


Violence, agressivité

Marie Choquet, chercheuse au CNRS, qui dirigeait en 1994 une étude portant sur plus de 12.000 jeunes Français, note que

"les filles, mais surtout les garçons,

qui ont été victimes de violences sont eux-mêmes plus violents

que ceux qui n'ont pas subi ces atteintes...

la violence subie est associée aux conduites les plus autodestructrices :

dépression, suicide, toxicomanie"


Cette scientifique s'étonne qu'en France très peu de recherches soient conduites sur la violence subie par les adolescents alors que les autres thèmes sont très largement explorés et que "les violences infligées aux jeunes sont plus importantes que celles qu'ils font subir aujourd'hui" (réf. 10).


Aux États Unis, Eron, en 1960, montrait déjà que les enfants les plus sévèrement punis par leurs parents étaient les plus agressifs à l’école  (réf. 1).


Murray Straus prouve de son côté, chez 933 mères d'enfants de 2 à 14 ans, que plus elles utilisent les punitions corporelles et plus leurs enfants s’engagent dans des conduites et des actes impulsifs (réf. 11).

     

Un peu plus tard, chez 807 mères d’enfants de 6 à 9 ans, il note que plus elles utilisent la fessée pour corriger des conduites anti-sociales telles que mensonges, agressivité et vols, plus ces conduites sont élevées. Quand ces mères cessent d'utiliser les punitions corporelles et les remplacent par d’autres modes de discipline, les conduites antisociales diminuent (réf. 12).


Et Catherine Taylor publie en avril 2010 dans la prestigieuse revue Pédiatrics le résultat d’une enquête faite auprès de 2461 mères de famille suivies pendant 7 ans dans 20 grosses villes des USA : les enfants qui reçoivent des fessées à l’âge de 3 ans sont nettement plus agressifs dès l’âge de 5 ans; et des formes mineures de châtiments corporels accroissent déjà le risque d’un comportement agressif des enfants


En France, Pierre Karli, neuro-biologiste de renommée internationale qui a fait de nombreuses recherches sur les phénomènes d'agressivité, décrit "le modelage cognitif de l'enfant qui intériorise les stratégies agressives régulièrement observées chez ses parents (réf. 13)".


Et André Bourguignon, Professeur de Psychiatrie, dans un ouvrage où il dépeint l'évolution du biologique depuis les débuts de l'Univers dit, lorsqu'il arrive à l'homo sapiens que nous sommes  (réf. 14) :


"Toutes les recherches scientifiques aboutissent à la conclusion que

les facteurs qui concourent à accroître la probabilité

de survenue des comportements agressifs chez les individus

sont avant tout les conditions dans lesquelles un enfant

a été élevé dans ses premières années".


Et il poursuit : "Les violences exercées sur les enfants et les femmes représentent une aberration propre à l’homme. Chez les macaques, il faut les avoir élevés en privation maternelle et sociale pour les voir développer des conduites agressives entre eux... L'homme a fait subir à ses enfants ce qu'aucun animal n'a jamais fait subir à ses petits...

...toutes les expériences affectives de l'adulte

ne prennent sens qu'en référence à celles de l'enfance”.

 

Strauss découvre aussi une majoration nette des actes d'agression sexuelle et de violence envers le conjoint chez les garçons longtemps battus devenus adultes.

Et Mc Cord note qu’une agressivité parentale et une discipline sévère à l’âge de 10 ans font nettement augmenter le risque de condamnations ultérieures pour violence jusqu’à l'âge de 45 ans (réf. 15).

Tandis qu’Eron confirme que des châtiments corporels sévères infligés par les parents à l’âge de 8 ans laissent prévoir non seulement des arrestations pour violence jusqu’à l’âge de 30 ans, mais également - pour les garçons - la sévérité des châtiments qu’ils infligeraient à leurs propres enfants et la violence qu’ils feraient subir à leur épouse (réf. 1).

Ces propos trouvent écho chez les deux spécialistes de l'enfance en difficulté que sont Michel Manciaux et Marcelline Gabel, qui écrivent en 1997 dans "Enfances en danger" : "devant un adolescent dénoncé comme violent, la première démarche est de s'interroger sur l'éventualité qu'il soit lui-même victime de mauvais traitements"(réf. 16).

Le policier Thierry Toutin qui a publié en France un ouvrage sur les tueurs en série note : " quasiment tous ont subi de graves violences morales, physiques ou sexuelles dans leur enfance" (réf. 17). Et Jonathan Pincus publie en 2001 aux USA une étude sur les plus grands criminels et conclue qu’ils ont tous été victimes de violences extrêmes dans leur enfance et qu’ils reproduisaient en général le scénario qu’ils avaient dû subir.


Par ailleurs, plusieurs commissions d'étude sur les causes d'une violence urbaine dont l'augmentation paraît assez générale se sont instaurées en différents pays :

- En Australie, le "National Comitee of violence" dénotait en 1990 comme première cause de la "violence agie des jeunes" la violence subie dans leurs familles (réf. 18).

- Le Comité de Los Angeles pour la prévention de la délinquance faisait aussi intervenir en tout premier lieu la violence familiale.

- Et l'Allemagne, après les conclusions de sa "Commission sur la violence", a pris la décision d'interdire l'usage des punitions corporelles, fortement responsabilisées (réf. 19).

  1. -Alors qu'en France, un rapport remis en 2.000 au Ministre de la Ville établit une liste de cent propositions pour une prévention de la violence. Chacune de ces propositions est intéressante, mais pas une seule ne prend en compte la violence subie en famille sous prétexte de discipline (réf. 20).


Serions-nous si différents à la fois des Américains, des Australiens et des Allemands,

ou bien incapables de surmonter nos tabous ?


Abus d'alcool ou de drogues

Après que Murray Straus ait mis en évidence aux USA une plus grande assuétude à l'alcool et aux drogues chez les anciens enfants battus, Harriet Mac Millan, au Canada, tout récemment, vient de montrer sur un groupe de près de 5.000 adultes, que ceux qui ont reçu des fessées de leurs parents sont deux fois plus nombreux à être alcooliques ou toxicomanes (réf. 24).     

Dépression

Aux USA, Murray Straus met en évidence un risque accru de dépressions et de tentatives de suicide chez les enfants recevant encore des punitions corporelles à l'adolescence (réf.21). En Suède, Edfeldt arrive à la même conclusion (réf. 22). En France, Marie Choquet et Xavier Pommereau viennent de publier une recherche faite sur 800 jeunes ayant fait au moins une tentative de suicide: 36,6 % ont été victimes de violences physiques et 23 % de violences sexuelles (réf. 23).

Une grosse différence apparaît entre ces deux types de violence, bien que toutes deux soient aussi fortement porteuses de risques. La violence physique est non seulement déculpabilisée en France, mais le plus souvent revendiquée comme nécessaire au plan éducatif et pratiquée "pour le bien" de l'enfant. Un parent qui abuse sexuellement d'un enfant sait qu'il fait mal. Un parent qui frappe son enfant se persuade presque toujours qu'il fait bien.


Délinquance 

On a accusé l'éducation post-soixante-huitarde qui gâtait trop les enfants, puis le divorce des parents, et maintenant le chômage d'être responsables de l'augmentation de la délinquance des jeunes. Or, Sakuta, au Japon, étudiant en 1994 des délinquants de 14 à 16 ans, découvre que 70 % d’entre eux vivaient avec leurs deux parents et 90 % dans des familles financièrement stables. Mais 30 % étaient considérés comme "élevés sévèrement" et seulement 17,3 % comme "gâtés" (réf. 25).

Martine de Maximy, Juge au Tribunal des enfants de Paris, disait dans Le Monde en 1996 : "quand on reprend l'histoire d'un enfant délinquant, on retrouve souvent des faits de violence vécus dans sa petite enfance".

Le pourcentage de délits commis s'est avéré triplé chez les fils ayant reçu de fortes punitions corporelles de leur père (réf.26).

Hugues Lagrange, chercheur au CNRS, vient de démontrer que “les dérives des quartiers d’immigration ont des ressorts qui, au-delà des difficultés socio-économiques, puisent dans un excès d’autorité ainsi que dans un déficit d’autonomie des femmes et des adolescents” (réf. 26 bis).


      

Homère : “Les dieux fortunés n’aiment pas la violence”.

Eschyle : “La violence a coutume d’engendrer la violence”.

Érasme : dénonce la pratique des châtiments corporels

La Fontaine : “Plus fait douceur que violence”  et

       “Tout père frappe à côté”.

Pascal : “Le propre de la puissance est de protéger”.

Buffon : “La violence fait les tyrans, la douce autorité les rois”



Baisse du Q.I. 

John Smith a montré, chez 715 enfants de 3 ans, que le quotient intellectuel (QI) des filles s'était avéré très vulnérable à la sévérité de la mère. Il a noté une moyenne de 12 points de plus chez les petites filles qui avaient reçu peu de punitions corporelles et beaucoup de chaleur maternelle contrairement à celles qui avaient reçu une discipline très sévère et peu de chaleur maternelle (réf. 27).

Murray Strauss étudie le QI de deux échantillons représentatifs de 806 enfants américains âgés de 2 à 4 ans, et de 704 enfants âgés de 5 à 9 ans. Il les recontrôle quatre années plus tard et note alors que le groupe des enfants de 2 à 4 ans qui n’ont pas reçu de fessées ont des quotients intellectuels en moyenne cinq points au dessus de ceux des enfants qui ont reçu des fessées. Et les enfants âgés de 5 à 9 ans qui n’ont pas reçu de fessées ont en moyenne des quotients intellectuels plus élevés de 2,8 points que les enfants de cet âge qui ont reçu des fessées. Il a même établi un lien entre le quotient intellectuel moyen des habitants d'un pays et le nombre de personnes donnant la fessée à leurs enfants (réf. 72).


Entrée dans un gang 

L’OMS note qu’entre d’autres facteurs qui encouragent les jeunes à entrer dans un gang, figurent les châtiments corporels sévères ou une victimisation à la maison (réf. 15).


Conduites sadomasochistes 

Que dire de ces fessées à répétition, souvent données "cul nu", si ce n'est qu'elles sont administrées sur une région sexuellement excitable, donc capables d'induire de futures appétences sadomasochistes. 

J. J. Rousseau rapporte dans ses "Confessions" le trouble qu'avait engendré chez lui des fessées ainsi reçues à 8 ans de la main d'un femme de trente ans ce qui, dit-il, a conditionné son masochisme et sa difficile relation aux femmes.

Le Web présente des témoignages de personnes accrochées aux pratiques sado-masochistes et qui les font remonter aux troubles engendrés par ces fessées "déculotté" reçues dans l'enfance. Des forums de discussion parentaux égrènent sur la toile les techniques à utiliser pour "corriger" des enfants qui peuvent avoir jusqu'à la majorité, indiquant les positions, la force et le nombre de coups... n'est-on pas dans le sadisme ?

Et la multiplicité des sites dédiés aux «fessées érotiques» sur le web montre bien qu’elles concernent une zone érotique et qu’il ne peut être admis de l’exciter impunément chez les enfants.


Mise à la rue

Michel Godet, professeur au CNAM, met en parallèle la blessure dûe à une erreur de conduite automobile et “la blessures de la route sociale qui est d'abord une blessure de la route familiale. La cicatrice de la famille mal vécue se ferme d'autant moins qu'elle n'est pas reconnue. Ainsi se créé le handicap de ceux qui partent dans la vie avec un bagage affectif, comportemental et scolaire déficient... les souffrances subies dès le plus jeune âge jouent un rôle primordial dans les parcours qui conduisent à la rue”.



Homicides  en  relation  avec  les  punitions  corporelles


Claques ou fessées

sont la plupart du temps administrées

dans un contexte d’impulsivité et de colère

déclenché par le sentiment

d'être humilié, frustré, agressé, rendu impuissant.


Mais beaucoup d'homicides sont déclenchés par les mêmes sentiments. Or le suédois Edfeldt vient d'établir, dans 10 pays européens, un parallèle entre l’approbation de la fessée par les parents (et les enseignants) et le taux d’homicides et d’infanticides (réf. 1).


On note aux USA trois fois plus d'homicides pour 100.000 habitants qu'au Canada et huit fois plus qu'en Europe. Mais nous avons vu que seulement deux états américains sur cinquante interdisaient les punitions corporelles à l’école en 1976. Si vingt-sept nouveaux États ont peu à peu suivi la même voie, vingt et un résistent encore. Or on note des taux de violences et d'homicides plus forts dans les états qui autorisent les châtiments corporels à l'école... qui sont d'ailleurs les mêmes que ceux qui possèdent le plus grand nombre d'armes individuelles !


Au Canada, Richard Tremblay vient de montrer que "6 % des enfants d'une cohorte de naissance produisent 50 à 70 % de tous les crimes commis par cette cohorte. Or ceux qui produisent ces crimes ont des comportements qui permettraient de les identifier dès la maternelle" et il poursuit "le processus est déjà engagé... par la trajectoire de développement des parents, longtemps avant le développement du fœtus... les fœtus et les nourrissons sont entièrement dépendants des conditions dans lesquelles se trouvent leurs parents lors de leur conception" (réf.28).

 























La relation entre violence dans l'éducation et recours à l'homicide est par ailleurs démontrée, à une beaucoup plus grande échelle, quand on examine la biographie des despotes dont la paranoïa meurtrière a si fortement endeuillé le 20e siècle : Hitler, Staline, Saddam Hussein et bien d'autres.

Katharina Rutschky a minutieusement décrit la "pédagogie noire" à la mode en Allemagne à la fin du 19e et au début du 20e siècle. Alice Miller en donne de larges extraits dans ses ouvrages, montrant bien les violences dont les jeunes Allemands avaient été victimes dans leur enfance de la part de leurs parents ou éducateurs, violences auxquelles le jeune Hitler a lui-même été largement soumis par son père. (réf. 29).


Les écrits du Dr Schreber enseignaient alors comment, par des punitions corporelles données "même à l'âge le plus tendre.... devenir maître de l'enfant pour toujours" (réf. 30). Cette "pédagogie noire" a beaucoup sévit en Europe Centrale. L'écrivain Thomas Bernhardt raconte à quel point, en Autriche, ce type d'éducation était encore mis en pratique entre les deux guerres et combien lui-même en avait souffert (réf. 31).

Une explication beaucoup plus large est fournie sur le sujet par le sociologue Emmanuel Todd. Il rend la violence des éducations familiales et scolaires de la fin du 19è siècle responsables en bonne partie des évènements de 1914, 1917, 1933 et 1939. Car ces évènements ont tous eu lieu parmi les populations les plus instruites du monde... mais qui venaient de subir une éducation des plus sévère dans leur petite enfance. Emmanuel Todd établit un parallèle entre l’autoritarisme familial et le totalitarisme politique (réf. 32).


La biographie de Saddam Hussein semble bien confirmer cette hypothèse. Judith Miller, journaliste au New York Times, rapporte dans son enquête de 1990 les violences et humiliations qu'il avait dû subir d'un beau-père dont il n'a pu se protéger qu'en s'enfuyant de chez lui à l'âge de 8 ans pour se réfugier chez un oncle maternel.

Quant à Staline, il fut longuement brutalisé par un père alcoolique et violent qu'il perdit à l'âge de onze ans. Cette violence "a créé en lui un profond désir de vengeance à l'encontre de quiconque s'opposerait à lui" dit un de ses biographes, expliquant ainsi son renvoi du Séminaire dont il ne supportait pas les règles autoritaires.

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