HISTOIRE  DES  PUNITIONS  CORPORELLES

À chaque période historique, on est surpris de constater un certain parallélisme entre l'importance des punitions corporelles utilisées dans les familles, et celles employées dans les écoles ou infligées par les tribunaux.

Bien que très peu de textes fassent état de la façon dont se réglaient réellement les conflits entre parents et enfants à l'intérieur des familles, des remarques concernant les punitions corporelles apparaissent néanmoins chez quelques auteurs qui ont eu le mérite de briser un tabou assez général.

Pour ce qui est des périodes antiques de l'Occident, la Bible reste la plus explicite quand aux directives données aux parents sur la façon d'élever les enfants. Ensuite, les textes relatant l'éducation des enfants sont beaucoup plus fréquents, mais concernent bien plus la vie scolaire que la vie familiale. On peut cependant globalement affirmer que, peu à peu et bien que de façon irrégulière, on voit progressivement et très nettement diminuer l'utilisation punitive de la violence physique dans les États, les écoles puis les familles. Nous allons observer quelques étapes schématiques de cette évolution (Réf. 59 à 70).


DANS  L’ANTIQUITÉ

La Bible


L’Ancien Testament, ce long recueil façonné par de nombreux auteurs inspirés, tout au long du millénaire qui précéda l'ère chrétienne, nous parle avec beaucoup de détails de la culture ancienne du Moyen Orient. Écrit en 3 langues (hébreux, araméen et grec), il draine des empreintes des cultures égyptienne, sémite, orientale, hellénique puisque ses écrits s'échelonnèrent sur la succession des Empires égyptien, byzantin, hellénique, romain. Il nous donne beaucoup d'indications sur ce millénaire, et en particulier sur la façon dont on conseillait alors de traiter les enfants. En voici quelques exemples :

Le "Deutéronome ", texte le plus ancien puisqu'on le considère comme une sorte de testament spirituel de Moïse, va jusqu'à  exiger que : "lorsqu'un homme a un fils rebelle et révolté, qui n'écoute ni son père ni sa mère s'ils lui font la leçon, alors son père et sa mère s'empareront de lui et l'amèneront aux anciens de la ville, à la porte de sa localité... et tous les hommes de sa ville le lapideront et il mourra ". Alors que dans les Proverbes il est dit "ne t'emporte pas jusqu'à le faire mourir" - et que dans le Lévitique on peut noter "si un homme frappe à mort un être humain, quel qu'il soit, il sera mis à mort".

Dans les "Proverbes" on peut aussi trouver "qui épargne le bâton n'aime pas son fils, mais qui l'aime se hâte de le châtier" mais on lit un peu plus loin "un reproche fait plus d'effet à un homme intelligent que cent coups à un sot ! ".

Enfin dans l' "Ecclésiastique", écrit vers 180 av. J.C., on affirme "celui qui aime son fils lui donne souvent le fouet afin de pouvoir trouver sa joie en lui " - "meurtris ses reins tant qu'il est enfant, sinon, devenu rétif, il ne t'obéira plus".

On voit donc se succéder des injonctions un peu contradictoires mais le plus souvent très violentes.


Le Nouveau Testament amorce un net virage, Jésus y apparaissant comme un révolutionnaire non-violent. Il semble porter un regard attendri sur les enfants : "laissez venir à moi les petits enfants" et “si vous ne retournez à l’état des enfants, vous ne pourrez entrer dans le Royaume des Cieux”. Saint Paul va même jusqu'à demander la réciprocité des devoirs dans la relation parents - enfants : "Enfants, obéissez en tout à vos parents, voilà ce que le Seigneur attend de vous. Parents, n'exaspérez pas vos enfants de peur qu'ils ne se découragent". C'est au 4e siècle seulement que Saint Augustin va imposer dans le Christianisme la croyance au "péché originel" qui a largement servi, associé aux règles de l'Ancien Testament, à justifier les châtiments corporels.


Le père de famille de ces époques reculées n'apparaît pas comme un éducateur mais comme un être surtout préoccupé de soumettre totalement ses enfants, comme sa femme et ses serviteurs d’ailleurs, à sa volonté. 


Ces prescriptions correspondent à des périodes historiques où les mœurs et les connaissances en matière de médecine, de psychologie et de pédagogie étaient quasiment insignifiantes. Il ne paraît donc guère possible actuellement de se référer strictement à la Bible, ce qui reste fréquent, pour y découvrir comment élever les futurs adultes du troisième millénaire.


Sous l'Empire Grec


Succédant à la loi du talion (œil pour œil, dent pour dent), les peines s'organisèrent peu à peu mais dans une très grande diversité. Voleurs ou adultérins subissaient les amendes, la confiscation de biens,  le bannissement, ou la vente comme esclave pour les faits les moins graves. Les délits les plus sérieux entraînaient la mort, donnée par lapidation que les Grecs pouvaient aussi utiliser envers les tyrans. S'y ajoutaient la pendaison, le pilori ou la jetée dans la fosse. Quant à l'enfant, il pouvait être "maudit" pour ses fautes, il était alors abandonné, exclu et dépossédé de tout, la seule façon pour sa famille de se régénérer... mais sa mort aurait constitué un sacrilège. Il pouvait aussi se régénérer lui-même par un sacrifice, tel Oedipe se crevant les yeux.

Ce mythe d’Oedipe est devenu au 20e siècle le symbole de la culpabilité enfantine alors que la vraie légende est fort éloignée de cette interprétation. Un oracle annonce à Laïos, roi de Thèbes, qu’il sera sévèrement puni d’une faute qu’il a commise : son fils le tuera et il couchera avec sa mère.

Or Laïos vient juste d'avoir un fils, Oedipe. Il le fait aussitôt abandonner dans la montagne, seul, afin qu'il y meure et que la prédiction ne se réalise pas.

Mais le bébé est recueilli et élevé par le roi de Corinthe, sans que personne ne sache de qui il était le fils.

Adulte, se querellant un jour avec un voyageur, Oedipe le tue, sans savoir que c'est son père, le roi Laïos. Arrivé à Thèbes, comme il sait répondre aux énigmes du Sphinx, on le proclame roi et il épouse la veuve de l'ancien roi Laïos... donc sa mère Jocaste.

Apprenant son tragique destin, il doit se “régénérer” en se crevant les yeux, alors qu’il n’est responsable d'aucun de ces événements. Mais on a tout de même fait d’Oedipe, curieusement, le symbole d'une culpabilité enfantine immanente, alors qu’il ne fit qu’expier la faute de son père.

 

Ingres    Oedipe et le Sphynx

Sous l'Empire romain


les peines atteignent des sommets de cruauté depuis Romulus et persisteront ainsi pendant des centaines d'années. On y détaillait la noyade, la pendaison, la crucifixion, la précipitation de la roche Tarpéienne, le bûcher, l'emmurement, la jetée aux lions... toutes peines qui entraînaient la mort, mais qui étaient conditionnées par la reconnaissance d'une faute constatée par les instances juridiques. Alors que le père de famille, ce fameux "pater familias", pouvait mettre à mort son fils sans avoir à fournir aucune justification.

Il pouvait aussi, si le comportement de ce fils lui déplaisait, lui appliquer les verges, le faire emprisonner, l'envoyer aux travaux forcés ou bien le vendre comme esclave. Ce n'est qu'au début de l'ère chrétienne que ces mœurs furent partiellement adoucies... l'Empereur Claude gardera cependant une haine durable pour son pédagogue qui avait, disait-il, abusé du fouet.


Sénèque, qui fut le précepteur de Néron, (et cela pourrait peut-être expliquer la cruauté de celui-ci) affirmait ainsi :

"par la souffrance physique nous corrigeons les caractères dépravés. C'est œuvre de raison et la colère n'y est pas nécessaire... au père seulement revient le droit de tuer".

Il considérait comme très stoïque l'exemple de Vedius Pollion qui jetait ses jeunes esclaves fautifs aux murènes dont il se nourrissait ensuite...

AU  MOYEN  ÀGE

Le Coran

écrit au cours du 7e siècle en arabe pour fixer les révélations du Prophète Mohamed, n'évoque pratiquement pas l'éducation des enfants. Il ne fait que demander "ne tuez pas vos enfants par crainte de la pénurie, à Nous de leur octroyer, comme à vous, subsistance. Les tuer, c'est pure abomination." C'était, après la chute de l'Empire romain, s'opposer au droit de vie et de mort sur ses enfants qu'avait eu le pater familias. Aucune violence n'est conseillée envers les enfants.


Sous l'Empire Byzantin

le père de famille punissait selon son bon vouloir sa femme, ses enfants et ses employés. Il pouvait les vendre en esclavage ou bien louer leurs services. Mais il ne semble plus avoir exercé de droit de mort, et les mutilations corporelles qui sanctionnaient les fautes (main coupée pour un vol, verge coupée pour la pédérastie, nez coupé pour viol ou adultère, pied coupé pour l'esclave en fuite, langue coupée pour le politique défaillant...) étaient réservées à la justice d'état. Le fils rétif recevait en général le fouet ou bien était enfermé dans un cachot. Il pouvait aussi recevoir une marque sur la tête qui le distinguait comme mauvais fils.


Sous l'Empire Carolingien

les mœurs semblent évoluer vers un adoucissement progressif. Au plan pénal, si le brigandage très répandu est puni de mort, les amendes se multiplient et sanctionnent aussi bien le meurtrier que le violent (trois coups de poings valent 9 sous d'or, un œil crevé 100 sous, un doigt coupé 35 sous). Quant aux enfants, si chez les Germains "rien ne doit limiter l'autorité du père sur sa progéniture", chez les Francs le père n'est autorisé qu'à faire emprisonner ses enfants fautifs, tandis qu'à la maison "pas de bonne éducation sans coups... des corrections pas furieuses mais fréquentes".

Mais peu à peu sous la Féodalité apparaît le sentiment d'une réalité propre de l'enfance que l'on commence à représenter dans les tableaux sous les traits charmants de l'ange, de l'enfant Jésus...

Dans certains monastères, des pédagogues refusent même l'usage de la férule et cherchent à développer les "vertus de l'enfance". La fonction paternelle elle-même se veut plus pédagogique et l'on évoque peu à peu, face aux très rigoureux devoirs des enfants envers leurs parents, quelques devoirs des parents envers leurs enfants.

À  LA  RENAISSANCE


Peut-être par réaction devant la place de plus en plus large faite à l'affectivité à la fin du Moyen Âge, mais surtout, comme le montrent les historiens, en raison de l'absolutisme des pouvoirs qui s'instaurent à cette époque, on va voir s'effectuer progressivement une reprise en main du système éducatif par l'Église et l'État (réf.61). Les guerres de religion, les épidémies de peste, la famine écrasent tout dans certaines régions, et le sentiment d'insécurité est très fort. Tout se joue dans le domaine de l'obéissance, de l'autorité. S'instaure alors dans les collèges une vie disciplinaire de plus en plus sévère où la férule joue un rôle primordial alors que le fouet, réservé auparavant aux petits enfants, s'étend au 16e siècle à toute la population scolaire, jusqu'aux grands de 20 ans. Tandis que dans la société, les punitions corporelles vont à nouveau remplacer les amendes.


Aux 16e et 17e siècles, en droit pénal, on utilise le fouet pour punir une grande majorité des délits, à tous les âges, outre le bannissement, les galères, la question et la mort féroce. Ces supplices se déroulent lors de grandes "cérémonies punitives terrorisantes" où les brûlures au plomb fondu, l'écartèlement, le pilori ou le bûcher doivent inciter les citoyens conviés au spectacle à craindre la justice.

C'est aussi le temps de l'Inquisition et des "sorcières" qui vont, du 15e au 18e siècles, alimenter largement les bûchers malgré l'intercession du jésuite allemand Spee von Langenfeld en 1631 (réf. 67) et l'interdiction des procès en sorcellerie par la Reine Christine de Suède en 1649. Les enfants mineurs n'étaient alors même pas épargnés par les peines de mort ou les bûchers (réf. 65, 66).

Parallèlement aux déchaînements punitifs des Autorités politiques et ecclésiastiques, à la maison, la punition corporelle s'était généralisée et au 17e siècle, on infligeait le fouet aux enfants comme aux condamnés. En même temps que les châtiments corporels se développaient, l'utilisation des armes se répandait : "au 17e siècle, les écoliers étaient armés …dès cinq ans on pouvait porter l'épée". Ce parallélisme noté entre la fréquence du port des armes et l'importance des châtiments corporels utilisés (dans les familles, les écoles et le droit pénal) vient de faire l'objet de travaux scientifiques aux USA qui confirment que cette thèse est toujours d'actualité.


En miroir de cette emprise féroce de la justice d'État, on note une montée en puissance des droits du chef de famille sur son enfant, en même temps qu'une forte restriction des droits de la femme envers laquelle le mari pouvait exercer légalement la correction physique, l'inverse n'étant pas admis ! Au 16e siècle, un Garde des Sceaux écrit "nous devons tenir nos pères comme des dieux sur terre" et Jean Bodin réclame le rétablissement du droit de vie et de mort du père sur ses enfants. Philippe Ariès fait de cette montée de la "puissance paternelle" le fondement du pouvoir monarchique.


La disparition des "sombres fêtes punitives" n'interviendra, en Europe, comme aux États-Unis, qu'à la fin du 18e siècle, sous l'influence des philosophies des Lumières fustigeant la torture, les châtiments corporels, la peine de mort et proposant de substituer la prison aux supplices physiques. La Russie, la Prusse, l'Autriche, la Toscane et la Pennsylvanie aboliront les tortures dans les années 1780 à 1810. 

Tocqueville ramènera des États Unis en 1830 leur système pénitentiaire basé sur la "régénération morale" d'origine religieuse.



AUX  TEMPS  MODERNES


Le désir d'humilier et d'asservir l'enfant va s'atténuer vers la fin du 18e et au début du 19e siècle, en même temps que disparaissent les spectacles publiques de torture. Mais rien ne vient encore sanctionner les abus de pouvoir des parents, quel que soit le degré de la maltraitance prodiguée envers leurs enfants.


En France 

il faudra attendre 1889 pour que soit votée la première loi rendant possible la déchéance paternelle en cas de trop mauvais traitements. Si depuis le Code civil Napoléon de 1803 les coups et blessures volontaires sur autrui font l'objet de sanctions pénales, la loi n'était pas appliquée lorsqu'il s'agissait des coups donnés par les parents sur leurs enfants. Le "Droit de correction paternel", créé par Napoléon en 1803 et aboli en 1935, ne concernait pas les punitions corporelles données par le père car elles allaient manifestement de soi, mais il s’agissait du droit accordé à celui-ci de faire interner son enfant dans une "maison de correction", véritable système pénitencier. Ce "droit de correction" remplaçait en fait la "lettre de cachet" qui permettait, auparavant et jusqu'en 1789, au père de famille infatué de sa "puissance paternelle", de faire emprisonner son enfant, sur simple demande et sans justification, dans une promiscuité totale avec les détenus adultes. Le jeune Comte de Mirabeau fut à plusieurs reprises, et jusqu'à ses 32 ans, enfermé ainsi sur lettre de cachet de son père.


C'est en ces temps que Victor Hugo décrivit le fameux personnage de la Cosette des Misérables, dont il est probable qu'il influença un large public et permit une évolution rapide des moeurs.

La  Cosette des "Misérables" a 3 ans lorsque sa maman Fantine doit aller chercher du travail en ville. Elle arrive à l'auberge des Thénardiers et demande à la mère Thénardier de garder son enfant en pension. Elle enverra de l'argent.

Les Thénardiers acceptent mais réclament tout de suite d'être payés. Fantine s'en va en leur laissant Cosette.

Elle va vivre chez eux pendant 5 ans. Elle y sera maltraitée, battue, transformée en servante... Habillée de haillons, elle dort dans l'écurie. Mais elle rencontre un jour Jean Valjean, ancien bagnard, qui va la racheter aux Thénardiers et permettra ainsi, après de nombreuses aventures, qu'elle puisse reprendre une vie normale.

Peu de temps après la parution du roman était créée à Paris la première association de protection de l'enfance, puis en 1889 la première loi rendant possible la déchéance de "puissance paternelle" en cas de maltraitance.

Et en 1898 la loi accordant aux juges de confier la garde d'un enfant à l'Assistance publique dans le cas de crime parental commis sur cet enfant. Lois et Associations se développent alors rapidement pour tenter de protéger l'enfance.


                                     

Érasme et Montaigne au 16e siècle, 
Madame de Maintenon au 17e, Joubert au 18e, 
Georges Sand, Victor Hugo au 19e et Nietsche au 20e, 
se déclaraient déjà fortement hostiles 
aux châtiments corporels.


Mais les attitudes vont à nouveau s'inverser, en Allemagne et en Autriche d'abord, à la fin du 19e siècle, où la fameuse "Pédagogie Noire" va s'instaurer autour des écrits du Dr Schreber. Ce médecin orthopédiste a battu très tôt ses fils, s'en vante et écrit des livres pour apprendre à ses concitoyens comment dresser très rapidement les enfants pour qu'on puisse ensuite "les diriger d'un seul regard". Son fils aîné est devenu fou, l'autre s'est suicidé, mais le livre du père a fait carrière. Un de ses émules, le Capitaine Nemeczek, demanda même la réintroduction des châtiments corporels dans l'armée autrichienne. Alice Miller a très bien montré, dans son livre “C’est pour ton bien” (réf. 29) comment cette triste pédagogie a pu constituer l'une des racines du nazisme.


Et ce n'est sans doute pas par hasard si en France, dès 1941, le "Manuel du Père de Famille" du vice-amiral de Penfentanyo, préfacé par le Maréchal Pétain, donnait les conseils suivants : "si vous vous laissez apitoyer... dès la première nuit vous êtes perdu... ne jamais céder au moindre caprice" (réf. 69).

En 1943, les dossiers de l'éducateur enfonçaient le clou en publiant un "Art de punir" qui affirmait : "certaines punitions physiques sont interdites par les règlements scolaires, c'est à tort... bourrade ou taloche...raclée...nous ne voyons pas d'autre moyen de guérir les enfants sensuels ou vicieux" (réf. 70).


Si l'après-guerre a vu se réinstaller des conceptions éducatives moins durement coercitives, et si les années 1968 ont été accusées de "laisser tout faire aux enfants", il apparaît néanmoins comme certain que les punitions corporelles sont loin d'avoir disparu de la panoplie éducative des parents français.


En effet, une enquête faite en 1999 par la SOFRES pour l'association "Éduquer sans frapper" montre que seulement 16 % des personnes interrogées ayant des enfants ne leur donnent jamais de coups, alors que 33 % en donnent rarement et que 51 % en donnent plus souvent. Les femmes, qui évidemment passent beaucoup plus de temps avec leurs enfants, disent les battre "plus que rarement" pour 35 % d'entre elles, contre 22 % des hommes. Les plus âgés et les moins diplômés des enquêtés ont été eux-mêmes les plus battus dans leur enfance. Ils utilisent à leur tour plus fréquemment les châtiments physiques que les autres parents : 45 % des sans diplômes fessent leurs enfants "de temps en temps ou souvent", contre 40 % des possesseurs du certificat d'étude, 28 % des CAP, BEP, BEPC, 24 % des BAC et 19 % des diplômés de l'enseignement supérieur. On note donc une double évolution : les parents actuels d'une part et les plus instruits d'autre part utilisent moins les châtiments corporels. Ces remarques sont à rapprocher de celles faites sur la violence à la télévision. En 1994, on y voyait en moyenne 10 crimes par heure, mais les chaînes responsables  se situaient dans l'ordre décroissant M6, TF1, FR2, FR3, Arte. La culture, là aussi, semble se faire antidote de la violence.


Quant à nos écoles françaises, une circulaire de l'Éducation Nationale de juin 1991, faisant déjà suite à de précédentes circulaires, rappelle : "À l'école maternelle... aucune sanction ne peut être infligée" et "À l'école élémentaire... tout châtiment corporel est interdit". Alors qu'en fait, les châtiments corporels avaient été mis officiellement hors la loi dans les écoles en France depuis 1887 ! 


En Angleterre


Les écrits de Ian Gibson (réf. 71) nous plongent dans le fameux "vice anglais" qui sévit depuis longtemps et s'est accentué depuis la période victorienne. S'appuyant sur un soi-disant proverbe biblique, une véritable "flagellomanie" s'est alors développée qui persistera longtemps et n'a d'ailleurs pas encore totalement disparu.

Mme Smith raconte comment elle couchait à plat ventre sur une table les filles qu'on lui amenait à fouetter. Elle leur donnait du bâton sur les fesses nues, en présence des parents s'ils le désiraient. Elle était femme de clergyman et prenait 2 guinées par séance. Elle vendait sa "cane à fessée" de différentes tailles par correspondance. À la fin du 19e siècle, on pouvait trouver dans les journaux anglais (y compris dans le religieux Guardian) des petites annonces à la recherche de personnel de maison "capable de donner de sévères punitions corporelles". En 1973, un commerçant qui vendait toujours beaucoup de fouets les envoyait par la poste... mais en secret. Au cours du 20e siècle, dans la prestigieuse école d'Eton. on donnait encore le fouet en public 5 à 6 fois par semaine... parfois jusqu'à ce que le sang jaillisse. En 1977, seuls les membres de la Direction fouettaient encore, mais sans dénuder. N'y aurait-il pas lieu de faire quelque rapprochement entre le hooliganisme anglais et la brutalité de l'éducation reçue par un grand nombre de jeunes sujets de sa Majesté ?

De nombreuses protestations se sont élevées contre ces pratiques. Dès la fin du 18e siècle, L'Amiral Nelson fit scandale quand, réorganisant la marine, il commença par supprimer les punitions corporelles utilisées envers les marins, ce qui ne l'empêcha pas de remporter victoire sur victoire, y compris celle de Trafalgar ! En 1867, Napoléon III, se penchant sur les méthodes éducatives européennes, s'étonne devant l'ampleur des châtiments corporels utilisés dans les écoles anglaises.

 

Le Times avait entamé dès 1854 une première polémique à la suite des blessures entraînées chez un élève par 31 coups de bâton. Le plus virulent défenseur de ces punitions fut le Dr Vaughan : un de ses élèves qui l'avait dénoncé comme homosexuel, tremblait encore 40 ans après à l'évocation des coups donnés par ce médecin. Plusieurs autres campagnes du Times s'échelonnèrent de 1872 à 1911 où un débat au Communes eut lieu sur les traces laissées sur des jeunes gens par les bastonnades reçues au cours des mois précédents.


Churchill fut d'ailleurs retiré de la “Saint George’s preparation school” parce qu’il y recevait des coups brutaux. Il dira plus tard “combien je hais cette école et quelle vie d’anxiété j’y ai vécu pendant plus de deux années”.

La planche à fesser anglaise

En 1977, la Commission des droits de l'Homme est interpellée à ce sujet. En 1986, les punitions corporelles sont enfin interdites... dans les écoles publiques. Elles viennent de l'être dans les écoles privées en 1999. Mais en 2.000, les Institutions Européennes reviennent à la charge pour faire évoluer la loi anglaise qui dit "que rien ne peut limiter le pouvoir des parents de faire respecter la discipline" : cette attitude paraît incompatible avec la signature effectuée par l'Angleterre de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant.


En Écosse

des positions radicalement opposées à ces sévères attitudes anglaises se sont manifestées puisqu'une loi interdit déjà l'usage des punitions corporelles avant l'âge de 3 ans. Les journaux français ont rapporté le cas, au cours de l'été 2.001, d’un père de famille français qui avait fessé son fils de 8 ans dans un  restaurant d’Edimbourg : il a été vivement pris à partie par ses voisins de table.                                                           


ACTUELLEMENT


La France et l’Angleterre (à l’exclusion de l’Écosse) restent les deux seuls grands pays d’Europe à n’avoir pas encore légiféré pour faire progresser l’éducation des enfants de façon positive. La rubrique précédente “Comment fait-on ailleurs” apporte des précisions sur ces faits.

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