LE MODÈLE SUÉDOIS

En Suède


Un mouvement très actif s'est dessiné après la guerre de 40, succédant à une période d'éducation sévère et puritaine issue du modèle prussien tel qu'Ingmar Bergman l'a filmé, mettant en scène la dureté des éducateurs à la badine. Ce mouvement entraînait en 1958 l'interdiction des châtiments corporels à l'école. Puis en 1979, cette interdiction était étendue à tous les éducateurs, y compris aux parents.


Cette loi de juillet 1979 s'énonce ainsi : "Les enfants ont droit à protection, sécurité et éducation. Les enfants doivent être traités avec respect pour leur personne et leur individualité et ne doivent pas être soumis à des punitions corporelles ou à d'autres traitements humiliants." La loi n'était pas répressive, mais confiait aux services sociaux le soin d'utiliser les remèdes les plus aptes à remettre les contrevenants sur la bonne voie.

Le Ministère de la Justice fit alors une campagne d'information à la télévision et sur les autres medias. Une brochure intitulée "Pouvez-vous élever vos enfants avec succès sans gifle ni fessée ?" fut distribuée. Des affiches furent placardées un peu partout. Des cours gratuits de recyclage étaient en même temps organisés pour les parents. En 1965, seulement 53 % des Suédois étaient en faveur de cette loi ; en 1995, 89 % y étaient acquis (96 % chez les moins de 35 ans). Un recul de vingt ans a permis en 1999 à des chercheurs de publier des travaux sérieux vérifiant l'impact de la loi de 1979 sur les comportements des suédois :


- La sociologue canadienne J. Durrant montre que, contrairement à ce que les pessimistes promettaient, des points fortement positifs ont été constatés depuis la promulgation de la loi anti-fessée : aucun enfant n'est plus mort des suites de violence familiale (alors qu'il en meurt 2 par jour en France) , le nombre de procès pour maltraitance d'enfants a diminué, de même que le nombre d'enfants enlevés à leurs parents suite à une intervention des services sociaux. Entre 1982 et 1995, les "mesures obligatoires" de placement d'enfants administrées chaque année ont diminué de 46 % et les "placements en foyer" de 26 % (réf. 49).


- Le criminologue F. Estrada, qui étudie les tendances de la délinquance juvénile en Europe depuis la guerre, déclare : "les études sur les rapports provenant du Danemark et de la Suède indiquent que les jeunes d'aujourd'hui sont plus disciplinés que les jeunes des années 1970... le pourcentage de jeunes de 15 à 17 ans condamnés pour vol a diminué de 21 % entre 1975 et 1996... le pourcentage de jeunes qui consomment de l'alcool ou qui ont goûté à la drogue a également diminué régulièrement depuis 1971... les pourcentages de suicides et de condamnation  pour viol chez les jeunes ont aussi diminué entre 1970 et 1996" (réf. 50).


L’inflation carcérale entre 1983 et 1997 a été de 192 % en Espagne,

43 % en Angleterre, 39 % en France et 18 % en Suède.


En Europe

À la suite de la Suède en 1979,

des lois anti-fessées ont été votées

dans 22 Pays d’Europe :

           1983 en Finlande,

           1987 en Norvège,

           1989 en Autriche,

           1994 à Chypre,

           1997 au Danemark,

           1998 en Lettonie,

           1999 en Croatie,

           2000 en Allemagne

           2000 en Bulgarie,

         2003 en Islande,

           2004 en Ukraine

           2004 en Roumanie

           2004 au Portugal,

           2005 en Hollande

           2005 en Hongrie,

           2006 en Grèce,

           2007 en Espagne.

         2009 en Moldavie et Luxembourg

           2010 en Pologne

           2014 en Estonie

        

vert : abolition effective de la fessée

orange: signature en 2008 de l'appel

pour évoluer vers l'abolition



Le Conseil de l'Europe

demande aux 47 Pays fondateurs de bien vouloir s'engager à faire évoluer la législation dans leur pays et à promouvoir auprès des parents et éducateurs des méthodes d'éducation positive.

Seules parmi les grands Pays qui n'ont pas encore légiféré, la France, la Suisse et l'Angleterre n'avaient pas encore signé l’appel à évoluer à la fin 2008.

Hors d'Europe


Des lois anti-fessées ont aussi été promulguées hors d'Europe :

Uruguay, Vénézuela, Costa Rica, Nouvelle-Zélande, Israël, Kénia,Tunisie,

Argentine, Nicaragua, Bolivie, Brésil.

Aux États Unis   

la lutte contre l'usage des punitions corporelles a commencé au niveau des écoles vers les années 1970. Deux États pionniers les ont interdites en 1976. D'autres ont suivi peu à peu, mais seulement 28 États sur 50 appliquent actuellement ces interdits. Les USA ont jusqu'alors, seuls avec la Somalie, refusé de ratifier la "Convention internationale des droits de l'enfant" de 1989, approuvée par 191 États.

La punition corporelle suprême, la peine de mort, peut même y être appliquée aux mineurs.

Une enquête de 1995 rapportée par l’Unicef a établi que 5% des parents interrogés reconnaissent punir leurs enfants en les frappant avec un objet, en leur donnant des coups de pieds ou en les menaçant d’un couteau ou un pistolet.


En Amérique du sud

Presque toute l’Amérique du sud a légiféré contre la fessée : Urugay, Costa Rica, Argentine, Nicaragua, Bolivie, Brésil, Pérou.


En Israël

C'est la Cour Suprême de Justice (dans laquelle siège le chef du gouvernement) qui portait en janvier 2000 le jugement suivant : "Dans les circonstances juridiques, sociales et éducatives que nous vivons, nous ne pouvons faire aucun compromis qui puisse mettre en danger le bien-être des mineurs. Si nous permettons des violences légères, elles peuvent dégénérer en grandes violences. Nous ne pouvons pas prendre le risque de mettre ainsi en danger le bien-être mental et physique des mineurs par aucun type de punition corporelle... le message doit être clair et non équivoque que les punitions corporelles ne sont pas autorisées" (réf.52). Les israélites élevés en Russie soviétique resteraient fortement accrochés aux punitions corporelles, même après plusieurs années passées en Israël.

En 2010, Israël interdit définitivement l’usage des punitions corporelles.


En Afrique

La Tunisie vient de légiférer en 2010 pour interdire à son tour les puntions corporelles.

Au Cameroun, l'association EMIDA propose de supprimer les punitions corporelles qui sont fréquentes, violentes et arbitraires car données non seulement par les parents, mais par tout membre aîné de la famille, en particulier les frères et sœurs aînés (réf. 53).

Au Tchad le Gouvernement a essayé d’interdire les châtiments corporels mais les écoles coraniques restent très attachées à des punitions souvent très violentes.

Au Kénia, un article du courrier de l'UNESCO de 1999 faisait état des coups donnés dans les établissements scolaires qui devenaient un problème sérieux car ils détournaient les enfants de l'école.  Coups de poings, de pieds, de bâton, entraînant fractures, dents cassées, hémorragies internes : six enfants en seraient morts entre 1995 et 1999. Un responsable pense qu'on ne peut mettre un terme à ces agissements qu'en interdisant complètement toute punition corporelle, à l'école comme dans les familles, ce qui fut fait en 2010 (réf. 54).

Au Niger, des services hospitaliers affirment soigner de nombreux cas de traumatismes en rapport avec l'usage par les parents de punitions corporelles (réf. 4).

Au Zimbaboué, malgré l'interdiction faite par le Ministère, 91,4 % des enfants disent être battus à l'école (dont 4,3 % à coups de poings et 2,2 % à coups de pieds). Beaucoup des enseignants brutaux ont été réprimandés, mais tous sont restés en place (réf. 55).

En Égypte, une recherche universitaire a montré que 37,4 % des enfants recevaient de fortes punitions corporelles qui pouvaient entraîner, dans le 1/4 des cas, des fractures, des trouble de la conscience ou des séquelles permanentes (réf. 56). Une enquête de l’Unicef recense 26 % d’enfants ayant indiqué avoir souffert de fractures, perdu conscience ou été frappés d'invalidité permanente à la suite de mauvais traitements.

Au Maroc les punitions sont théoriquement interdites à l'école alors qu'un rapport de l'UNICEF révèle que 85 % des enfants disent en recevoir fréquemment et de si brutales qu'elles seraient responsables d'un fort absentéisme scolaire (réf.57).


En Inde

Selon une enquête Unicef, 36 % des mères indiennes avaient frappé leurs enfants avec un objet dans les 6 mois précédents. 10 % leur avait donné des coups de pieds, 28 % des coups de poings et 3 % leur avait mis du piment rouge dans la bouche.


Tandis qu’au Népal, une campagne de 3 ans est lancée dans les écoles, par le Ministère de l’Éducation et sous l’égide de l’Unicef, pour mettre fin aux punitions corporelles et aux abus sexuels, en vue d’amener des changements dans les comportements des enseignants, des gardiens, des parents et de l’ensemble des communautés.


En Chine

une recherche récente montrait que 70,6 % des enfants (le plus souvent uniques et que l'on dit rois) disaient recevoir des châtiments corporels de leurs parents, dont 51,3 % avec force (réf. 58).


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Une carte mise à jour régulièrement montre l’avancée mondiale de l’abolition des punitions corporelles sur le site : http://www.endcorporalpunishment.org/interactive-map


Vous pouvez trouver des informations plus détaillées sur les violences exercées contre les enfants dans le monde sur le site de l’OVEO (Observatoire de la violence ordinaire)  :    http://www.oveo.org

En Italie

la Cour Suprême de Justice rendait en mai 1996 un jugement faisant jurisprudence et ainsi libellé : "l'utilisation de la violence dans un but éducatif ne peut pas plus longtemps être considérée comme légale"(réf.. 51) 

En Belgique

on ajoutait en 2000 à la constitution une nouvelle clause confirmant que "l'enfant a un droit absolu à son intégrité morale, physique, psychologique et sexuelle".

En Écosse

La loi interdit de fesser les enfants de moins de 3 ans. Mais il semble que les moeurs aient dépassé la législation : les journaux français ont rapporté le cas, au cours de l'été 2001, d'un père de famille français qui avait fessé son fils de 8 ans dans un restaurant d'Edimbourg : il a été vivement pris à partie par ses voisins de table, emmené au poste de police où il a reçu une "admonestation".

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